Une équipe internationale d'astronomes annonce avoir découvert une étendue d'eau liquide sur la planète rouge. De quoi susciter l'enthousiasme des scientifiques, qui en cherchent les traces depuis 40 ans. Mais tous ne s'accordent pas sur la probabilité que cette eau renferme des formes de vie.

Depuis 40 ans, les missions se sont succédé sur Mars dans l'espoir de trouver des signes de vie, passée ou présente.
Depuis 40 ans, les missions se sont succédé sur Mars dans l'espoir de trouver des signes de vie, passée ou présente. © Maxppp / USGS HANDOUT

À force, on avait fini par ne plus y croire, mais cette fois, c'est la bonne, nous assure le groupe de scientifiques dans la revue Science. Sur une largeur de 20 kilomètres, un "lac souterrain" se cacherait sous une couche de glace et de poussière d'à peu près 1,5 kilomètre d'épaisseur, à proximité du pôle sud. Il s'agirait bien d'eau liquide, qui n'a pas échappé au bon vieux "Marsis" (Mars Advanced Radar for Subsurface and Ionospheric Sounding), un radar qui tourne autour de l'astre depuis 2003.

Mis en orbite dans la sonde "Mars Express", première mission d'exploration d'une planète par l'Agence spatiale européenne, l'instrument avait déjà repéré des anomalies souterraines. Entre mai 2012 et décembre 2015, "Marsis" a envoyé des ondes sous la calotte glaciaire sud de Mars pour mesurer la façon dont elles se propageaient, puis revenaient jusqu’à la sonde. Lors de ses passages orbitaux, le radar ne repère pas systématiquement le signal. Les chercheurs doutent un temps et opèrent quelques réglages.

Ça peut être aussi une sorte de boue

Désormais, ils estiment avoir recueilli suffisamment de données pour interpréter ces tâches brillantes comme de l'eau liquide, formant un lac d'environ un mètre de profondeur. Ce qui a mis la puce à l'oreille des astronomes, c'est aussi une "permittivité diélectrique" anormalement élevée. En effet, l'eau liquide a davantage de capacité que la glace à stocker l'énergie dans un champ électrique, peu conductrice. "Le profil radar de cette zone est similaire à celui des lacs d’eau liquide trouvés sous les couches de glace de l’Antarctique et du Groenland sur Terre", explique l'étude.

Ne nous réjouissons pas trop vite... Certes, "c’est quelque chose de liquide, mais ça peut être aussi une sorte de boue", nuance Michel Viso, responsable du programme exobiologie et de la mission Exomars au Centre national d'études spatiales (CNES). Le climat martien est loin d'être favorable à la formation d'eau liquide. Il y a de l'eau, oui, mais sous forme de glace ou de vapeur, puisque les températures atteignent en moyenne - 60 °C.

L'eau sur Mars, rien de nouveau sous le Soleil...

Depuis une quarantaine d'années, les missions d'exploration pour trouver de l'eau sur Mars se sont succédées et "ce n'est pas la première fois qu'on sait qu'il y a de l'eau à la surface de Mars", rappelle Jean-Pierre Bibring, professeur de physique à l'université Paris-Sud et astrophysicien à l'Institut d'astrophysique spatiale (IAS). Malgré la température très basse, l'eau peut être liquide sous les deux calottes polaires martiennes, grâce à la présence "des saumures, des sels de perchlorate de magnésium qui permettent d'abaisser le point de fusion [passage à l'état liquide, ndlr] de la glace", analyse Jean-Loup Bertaux, directeur de recherche au service d'aéronomie du CNRS.

Pour trouver "l'essentiel de l'eau comme l'essentiel des composés atmosphériques", il faudrait remonter loin, très loin dans l'histoire de la planète, "au moins 4 milliards d'années", estime Jean-Loup Bertaux. Progressivement refroidie et asséchée, Mars était autrefois recouverte de mers, lacs et rivières. Trouver de l'eau liquide, c'était précisément "le plus grand objectif de la mission Mars Express" à laquelle le chercheur a participé. 

Ça ne va pas être une vie florissante avec des champignons, des algues et des sirènes

Si je vous dis eau, vous me répondez... vie ? Pas nécessairement, car on ignore toujours la probabilité d'apparition de la vie associée à la présence d'eau sur une planète. Pour autant, "Mars est une des planètes du système solaire sur laquelle il y a le plus de chance qu’une forme de vie ait pu se développer", et s'il y a de la vie, l'endroit le plus probable où elle pourrait s'être réfugiée est l'eau liquide. "Il peut y avoir des traces de vie qui restent sous une forme dormante, indique Michel Viso, ça ne va pas être une vie florissante avec des champignons, des algues et des sirènes".

Alors, vie microbienne ou pas ?

La question fait débat parmi les experts. Pour qu'on y retrouve une vie microbienne comparable à celle qui est apparue sur Terre, l'eau devrait comporter des propriétés bien déterminées, avec "une certaine température et une certaine acidité", précise Jean-Pierre Bibring. Or, l'eau du lac martien est sans doute trop froide et trop salée.

Jean-Loup Bertaux est plus optimiste. Il prend l'exemple du permafrost, un sol dont la température se maintient en dessous de 0 °C pendant plus de deux ans consécutifs. Sur Terre, on y trouve "des bactéries qui se reproduisent même quand la température est en-dessous de -16°C".

En attendant les prochaines découvertes, Mars n'en finit pas de fasciner. En ce moment même, elle illumine nos nuits de son rouge incandescent, puisqu'elle n'avait pas été aussi proche de la Terre depuis 15 ans. Vendredi soir sera le meilleur moment pour lever le nez. Mars sera en opposition, c'est-à-dire alignée avec la Terre et le Soleil. Pour l'apercevoir, il faudra un bon télescope, car la planète reste tout de même à 58 millions de kilomètres. Espérons que la "Super lune" ne l'éclipse pas complètement. En effet, pendant près de deux heures ce même soir, la lune revêtira à son tour une teinte rougeoyante.

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