Venus du plus profond de l'univers, 13 flashs d'ondes radio très intenses ont été captés par un nouveau télescope canadien. Encore peu nombreux, ces phénomènes restent inexpliqués pour le moment... Mais des théories se développent.

Le site du télescope international SKA à Carnarvon, Afrique du Sud
Le site du télescope international SKA à Carnarvon, Afrique du Sud © Getty / Gallo Images

Un peu comme la lumière d'un phare en mer, les sursauts radio rapides sont brefs et puissants. En une milliseconde, ils émettent autant d'énergie que le Soleil en 10 000 ans. L'été dernier, le tout nouveau télescope canadien CHIME, installé en Colombie Britannique en a capté 13. Une moisson sans pareille car depuis la toute première détection en 2007, seuls 52 sursauts avaient été enregistrés dans le monde. La famille s'est donc considérablement élargie !

Ils sont difficiles à détecter car ils arrivent de n'importe où dans le ciel, selon Philippe Zarka, radio astronome du CNRS et chercheur à l'Observatoire de Paris. Mais, ajoute t-il : "Maintenant qu'on sait qu'ils existent et qu'on les cherche, on pense qu'ils sont très nombreux dans l'univers". Parce qu'ils ne se produisent qu'une seule fois et qu'ils sont très courts, il est également ardu de les localiser :

Ce dont on est sûr, c'est qu'ils ont une origine extra-galactique et sont donc situés à des milliards d'années lumière.

Pourtant, les choses pourraient changer. Lors de la campagne d'observation, au moment de la mise en service du télescope, un sursaut venant du même endroit du ciel s'est répété : c'était la deuxième fois dans la jeune histoire de ces phénomènes encore inexpliqués. Cela va permettre de braquer d'autres télescopes sur ces objets répéteurs dont certains, avec une batterie d'instruments plus précis, permettront d'élucider l'énigme liée à leur origine.

En attendant d'accumuler les données et de comprendre (comme cela fut le cas dans le passé pour les sursauts gamma), les astrophysiciens ne manquent pas d'imagination pour expliquer l'origine de ce phénomène : "Il existe au moins une centaine de théories", précise Philippe Zarka.

Phénomène de focalisation de l'énergie

La plupart développent l'idée qu'on trouve à l'origine de ces sursauts radio rapides des phénomènes cataclysmiques (trous noirs géants au centre des galaxies, annihilation de matière...). Philippe Zarka et son collègue du LUTH (laboratoire univers et théories) Fabrice Mottez, eux, ont échafaudé en 2014 une autre hypothèse, et ils la jugent plus plausible parce qu'elle est économe en énergie. Selon eux, la puissance des ondes et leur brièveté viendraient de la focalisation de l'énergie :

Si on a un objet qui orbite autour d'un pulsar (que ce soit une planète, une étoile naine ou un astéroïde pulsar), alors le vent du pulsar composé de particules chargées se magnétise. Il interagit avec l'objet et créé un rayonnement radio intrinsèquement moins intense mais très focalisé en un pinceau très fin. Le flux du pinceau sera alors détectable à des distances très importantes.

Problème, cette théorie prévoit qu'il y a un rythme dans le flash radio, une période. Or celle-ci n'a pas été détectée à ce jour.

Dans les années à venir, le télescope CHIME est tout destiné à poursuivre ses observations, grâce à son champ de vision large. SKA, le radio télescope international actuellement en construction sera lui aussi, un bon chasseur de sursauts radio. Et pourquoi pas NENUFAR, le radio télescope français qui sera mis en route cette année à Nançay (Cher) ? Il pourrait lui aussi contribuer à cette astronomie nouvelle qui passionne la communauté d'astrophysiciens.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.