Lors de fouilles effectuées sur l’île de Luzon au nord des Philippines, une équipe internationale de paléoanthropologues a découvert 13 petits fossiles datant de 67 000 ans. Il s'agit d'une nouvelle espèce humaine. Elle fait la Une de la revue Nature

La fouille dans la grotte Callao
La fouille dans la grotte Callao © Callao Cave Archaeology Project

L'histoire de l'évolution joue au 421. C'est ainsi que Guillaume Daver, chercheur au laboratoire PALEVOPRIM (CNRS-Université de Poitiers) résume la découverte à laquelle il a participé sur l’île de Luzon au nord des Philippines.  "Déjà, quand des collègues avaient publié  Homo Floresiensis, l'homme de Florès, tout le monde avait été surpris. Comme au jeu du 421 quand vous avez tous les bons numéros dès le premier lancer de dés". Pour lui, l'arrivée d'Homo Luzonensis dans l'arbre buissonnant des espèces d'hominine est comme  un deuxième 421 obtenu peu de temps  après le premier. "On a l'expression potentielle d'un même phénomène de l'effet de l'endémisme sur l'espèce humaine mais qui s'exprime différemment" ajoute t-il.

Les 13 restes fossiles d'Homo Luzonensis mis au jour
Les 13 restes fossiles d'Homo Luzonensis mis au jour / callao global cavern project

Cette comparaison pour dire à quel point les paléoanthropologues sont surpris de ce qu'ils viennent de trouver. À environ 3 mètres de la surface, là où Armand Salvador Mijares, chercheur philippin avait en 2003 trouvé un premier petit fossile d'hominine, sont apparus 12 autres restes : des os du pied, de la main, un fémur d'enfant incomplet et des dents. L'analyse montre des caractères primitifs présents chez les Australopithèques (2 à 4 millions d'années) et d'autres très modernes, proches de ceux d'Homo Sapiens, c'est à dire nous. Ça ne ressemble à rien de connu et il a fallu se rendre à l'évidence: c'est une nouvelle espèce.

Archaïque et moderne

Impossible de dire à quoi ressemblaient les trois individus à qui appartiennent ces morceaux de squelettes datés de 50 à 67 000 ans. "On ne peut pas dresser un portrait robot, faute d'éléments suffisants" explique Florent Détroit, chercheur au Muséum national d'histoire Naturelle et premier auteur de l'article en Une de Nature. Ces individus étaient-ils aussi petits que l'homme de Florès, découvert il y a 14 ans ? 

On peut dire qu'ils étaient probablement petit si l'on en juge par la taille de ses dents, mais sans l'affirmer pourtant et il devait avoir des pieds curieux 

La présence sur une phalange d'une courbure prononcée et d'insertions très développées pour les muscles assurant la flexion du pied laisse supposer que ces hommes étaient à la fois bipèdes et en capacité de grimper aux arbres. 

Comparaison des dents: de gauche à droite, Homo Luzonensis, Homo Erectus et Homo Sapiens
Comparaison des dents: de gauche à droite, Homo Luzonensis, Homo Erectus et Homo Sapiens / Callao Cave Archaeology Project

Les dents présentent ce même assemblage d'ancien et de moderne. Les prémolaires sont dotées de trois racines comme chez les Australopithèques, les molaires, très petites et à la morphologie très simples comme chez Homo Sapiens. 

Homo Luzonensis et Homo Sapiens se sont-ils croisés?

Une combinaison tout à fait singulière pour une époque aussi récente. Car il y a 67 000 ans, Homo Sapiens était déjà présent depuis plus de 200 000 ans. Homo Luzonensis l'a t-il rencontré ? Comment est-il arrivé à Luzon alors qu'au Quaternaire, l'île n'était pas accessible à pied ? Tant de questions restent sans réponse avoue les scientifiques.

L'arrivée de cette nouvelle espèce atteste en tous cas une fois de plus du caractère buissonnant du genre Homo. Et renforce le nombre de cas de cohabitation temporelles d'espèces différentes. Les caractères si particuliers sont-ils une conséquence de l'insularité ? Une adaptation au milieu insulaire comme ce fut le cas pour l'homme de Florès? Il faudra poursuivre les fouilles pour l'affirmer estiment les chercheurs. 

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