En analysant un os, une équipe de chercheurs a découvert que deux espèces humaines – distinctes de l'Homo sapiens – ont donné naissance, il y a environ une cinquantaine de milliers d'années, à un être de sexe féminin.

Crânes d'Hominid Fossil sur fond noir. Homo sapiens - Homme de Néandertal - Australopithèque.
Crânes d'Hominid Fossil sur fond noir. Homo sapiens - Homme de Néandertal - Australopithèque. © AFP / FABIEN BRUGGMANN / BIOSPHOTO

Elle s'appelle Denny. Elle est née il y a 50 000 ans. Son père est dénisovien et sa mère néandertalienne. Denny est donc une petite métisse. Grâce à l'analyse d'un de ses os, des scientifiques ont mis à jour l'ADN de cet individu féminin issu du croisement deux espèces distinctes : l'Homme de Néandertal et l'Homme de Dénisova. 

"C'est la première fois qu'on trouve un descendant direct de ces deux groupes", explique Viviane Slon, de l'institut Max-Planck d'anthropologie évolutionniste à Leipzig, en Allemagne. Elle est coauteur de l'étude dirigée par Svante Pääbo et publiée, mercredi 22 août, dans le magazine Nature. 

Dénisoviens et néandertaliens ont été séparés 

Denny serait donc morte à l'âge de 13 ans et enterrée dans la grotte de Denisova dans les montagnes de l'Altaï, en Sibérie, près de la frontière actuelle entre la Russie et la Mongolie. 

Cette cavité est connue dans le milieu de la paléontologie car en 2010 elle a révélé le fragment d'une phalange qui a permis de découvrir l'existence d'une lignée humaine : l'Homme de Denisova. 

Et seulement deux ans plus tard, en 2012, les chercheurs ont découvert dans cette même grotte, l'os de 1,5 cm qui viendrait du fémur de Denny, de son tibia ou bien de son humérus. Quoi qu'il en soit, au début les scientifiques ont eu du mal à dire si l'os appartenait à un animal ou à un être humain. Mais une fois les doutes levés, les conclusions sont sans appel. Et elles sont étonnantes. Car en effet, les dénisoviens et les néandertaliens se sont séparés il y a 400 000 - 500 000 ans. Ils ne vivaient donc plus au même endroit lorsque Denny a été conçu.

L'Asie était occupée par les dénisoviens, l'Europe par Néandertal et l'Afrique par Sapiens. Les individus ont donc évolué différemment pendant plusieurs centaines de milliers d'années, au point de devenir deux groupes distincts. 

"Ils n'avaient pas de préjugés les uns envers les autres"

Ce sont ces éléments qui ont d'abord fait croire aux chercheurs qu'ils s'étaient trompés dans leurs analyses. Comment deux espèces si éloignées auraient pu s'accoupler ? "J'ai d'abord pensé qu'il y avait eu une erreur en laboratoire", raconte Svante Pääbo, coauteur de l'étude. Même réaction pour Benjamin Vernot qui y a également participé : 

C'était tellement fou qu'on a passé plusieurs mois à vérifier que ce n'était pas une erreur

, a-t-il confié au Monde.fr.

Le métissage naquit donc il y a fort fort longtemps. "Néandertaliens et dénisoviens n'ont peut-être pas eu beaucoup d'occasions de se rencontrer. Mais quand cela arrivait, ils ne semblaient pas avoir de préjugés les uns envers les autres, souligne Svante Pääbo. Ils devaient s'accoupler fréquemment, beaucoup plus que ce que nous pensions auparavant, sinon, nous n'aurions pas été aussi chanceux." La région autour de la grotte de Denisova serait donc une zone où les deux espèces se seraient finalement rencontrées malgré la distance qui les séparait. 

Cette découverte sur notre passé ancestral alimente toutefois divers avis. "Je fais partie de ceux qui considèrent que Denisova, Néandertal et Sapiens, font, en fait, tous partis d'une même espèce, explique le paléoanthropologue, Bruno Maureille, dans un article du Figaro.fr. C'est une opinion assez minoritaire, mais d'un point de vue d'anthropologie et comportemental, les trois groupes étaient vraiment proches. La survivance de gènes néandertaliens et dénisoviens montre que d'un point de vue génétique la différence n'était pas si importante."

Ces croisements entre nos ancêtres se retrouvent aujourd'hui dans nos propres ADN. L'Homme de Denisova a laissé une partie de son génome à certains Homo sapiens. Moins de 1 % chez les populations asiatiques et amérindiennes, et jusqu'à 5 % pour les aborigènes d'Australie ou les papous de Nouvelle-Guinée. De même manière, tous les humains modernes – à l'exception des Africains – ont dans leur génome environ 2 % d'ADN légué par Néandertal. 

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.