Les facultés intellectuelles des abeilles fascinent, notamment leur moyen de communication sophistiqué. C'est pourquoi elles sont aussi étudiées. Cependant, parmi les animaux, elles ne sont pas les seules à élaborer des systèmes de communication complexes.

Abeille qui butine du nectar
Abeille qui butine du nectar © Getty / Philippe LEJEANVRE

En 1973, Karl von Frisch obtient le prix Nobel de la paix de physiologie et de médecine pour "le décodage du premier langage non humain connu". Ce langage, c'est celui des abeilles. Un langage que Martin Giurfa connaît bien puisque ce neurobiologiste, invité de Daniel Fiévet dans Du vent dans les synapses, s'est spécialisé dans les capacités cognitives des abeilles.

Comme beaucoup d’animaux, elles ont un système de communication olfactif qui se traduit par l’émission de phéromones. Cette substance chimique, que beaucoup d’animaux libèrent dans la nature, peut être comparée aux hormones des humains. Évidemment, ce n’est pas cette analyse qui permet d’être éligible au prix Nobel.

"Vole comme un papillon, pique comme une abeille" : et si on s’était trompés ? 

Si le physiologiste autrichien est récompensé, c’est pour avoir décrypté la "danse de communication" propre à ces insectes bicolores. L’abeille pique mais elle partage aussi la grâce du papillon car l’abeille danse. Cette danse, c’est ce qu’on appelle un langage iconique (comme montrer du doigt, par exemple). Dans le noir, elles vont représenter une forme de huit sur les parois verticales de la ruche. Ces mouvements vont leur permettre d’indiquer la direction, mais aussi la distance des sources alimentaires exploitables.

Schéma de la danse de communication des abeilles
Schéma de la danse de communication des abeilles

L’intensité de leur danse, à l’aide d’un code très précis, va en modifier le sens. L’abeille exécute sa figure plus ou moins rapidement selon ce qu'elle veut "dire". Plus la distance est lointaine, plus l’abeille va danser lentement, montrant en prime son manque de motivation pour s’y rendre. À l'inverse, si la source alimentaire est proche, elle va danser extrêmement vite. Chaque abeille respecte le même code pour indiquer une distance donnée.

Elles ont aussi, à l’aide de cette danse, développé un système qui leur permet de décider collectivement. La ruche va mettre en compétition deux abeilles qui viennent de deux sources alimentaires différentes. Chaque abeille, en étant honnête, devra danser avec plus ou moins d’intensité selon la qualité de la source. Ensuite, le groupe va juger et décider collectivement quelles fleurs butiner.

Paradis nuptial 

L’abeille danse mais elle n’est pas, pour autant, la seule à utiliser ce moyen de communication : les oiseaux, aussi. Si la parade nuptiale n’est pas vouée à la même utilisation que la danse des abeilles, elle n’en est pas moins très sophistiquée, surtout chez certains volatiles : les oiseaux de paradis, qu'on peut voir en Nouvelle-Guinée ou en Australie.

Sous l'appellation "oiseaux de paradis" se trouvent en fait différentes espèces d'oiseaux, qui pour la plupart arborent des plumages spectaculaires et qui, tous, sont réputés pour leurs parades nuptiales somptueuses

Certains sont en effet dotés de plumes resplendissantes ou au contraire des "super-noires" (qui peuvent absorber plus de 99 % de la lumière). D'autres ont pour particularité de "préparer la scène" pour mieux draguer  : l'oiseau nettoie le sol autour du nid et l’orne de baies, dans l'espoir qu'une femelle accepte d'y convoler avec lui. D'autres enfin paradent avec des danses nuptiales particulièrement élaborées. Regardez :

Le béluga, dit le "Seigneur des anneaux"

Ce dernier animal ne vole pas, il nage. On peut, en effet, communiquer sous l’eau et le béluga est un maître en la matière. Ici, on ne va pas danser (mais ce n’est pas moins artistique). Ce cétacé qui arpente l’Océan Arctique ne fait pas rêver. Il n’a pas l’élégance de l’oiseau de paradis, ni la vivacité de l’abeille. Cependant, il partage une caractéristique avec la butineuse de pollen : il est extrêmement intelligent, il a donc su développer un moyen de communication sophistiqué

Le béluga communique ses sentiments à l’aide de bulles en forme d'anneau. Ce système est cependant resté pendant longtemps un mystère. Cet habitant des fonds marins est contraint de récupérer de l’air en surface pour survivre. La production de bulles, une fois sous l’eau, avait donc forcément un sens. L’animal ne gâcherait pas l’air qui alimente son système respiratoire pour rien. Des chercheurs de Canisius College, aux États-Unis ont finalement conclu qu’il crée quatre types de bulles différentes qui lui permettent de communiquer ses émotions. Bien que les analyses de ces bulles soient encore en cours, il est prouvé que la majeure partie du temps, elles sont produites quand il est effrayé ou surpris.

Béluga produisant une bulle
Béluga produisant une bulle © Maxppp / Xie Jianfei

Il existe de nombreuses espèces ayant des processus de communications déroutants. Si ceux évoqués ici sont sophistiqués, notre système de communication reste le plus élaboré.

Aller loin

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