Des chercheurs suisses ont implanté un dispositif dans la moelle épinière de patients paraplégiques pour stimuler les muscles de leurs jambes et, après de longs mois d'entraînements, les patients ont pu retrouver une mobilité même sans stimulation électrique. Une prouesse.

David, l'un des trois patients, capable de marcher avec un déambulateur sur plusieurs centaines de mètres.
David, l'un des trois patients, capable de marcher avec un déambulateur sur plusieurs centaines de mètres. © CHUV EPFL

C'est une expérimentation lourde et longue, mais prometteuse pour les paraplégiques, qui est rendue public ce jeudi dans Nature et Nature Neuroscience. Cette nouvelle étude, appelée STIMO (Stimulation Movement Overground), établit "un nouveau cadre thérapeutique pour améliorer la réhabilitation après une blessure de la moelle épinière".

En stimulant de façon ciblée certaines zones de la moelle épinière de paraplégiques, qui n'avaient plus l'usage de leurs jambes depuis de nombreuses années, les scientifiques suisses emmenés par Grégoire Courtine et Jocelyne Bloch ont constaté de biens meilleurs résultats que d'autres essais précédents de stimulation électriques. Les trois premiers patients, qui avaient tous des sévérités de paralysie différents, "ont tous récupéré un contrôle volontaire  de leurs muscles". 

Au bout de plusieurs mois, les patients de l'étude ont tous retrouvé l'usage de leurs jambes, après des années de paralysie, comme ici Gerjtan
Au bout de plusieurs mois, les patients de l'étude ont tous retrouvé l'usage de leurs jambes, après des années de paralysie, comme ici Gerjtan / Jean-Baptiste Mignardot / CHUV et EPFL

"Notre grande surprise, c'est qu'après quelques mois de réhabilitation, même sans stimulation, ils ont été capables de réactiver des muscles inactifs depuis des années", explique Grégoire Courtine, qui a pu observer chez des rongeurs que "les nerfs repoussent" et que de nouvelles connexions nerveuses se créent. L'école polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), qui participe à l'expérimentation, en livre des images impressionnantes des résultats.

Un résultat lié à la précision des stimulations, pensent les chercheurs : "La synchronie entre le patient qui essaye de faire le mouvement et le dispositif qui stimule exactement cette région de la moelle épinière qu'il essaie d'activer, fait qu'il y a un recâblage nerveux."

Une expérimentation lourde

Ces patients ont retrouvé l'usage de leurs jambes après un entraînement lourd et intense : autour de cinq mois, à raison de plusieurs heures par jour. Mais cela reste limité encore, à des déplacements sur de longues distances avec un déambulateur, ou sans aucune aide entre des barres parallèles, modère Grégoire Courtine : "Celui qui a le plus récupéré et capable maintenant de marcher cinq, six, sept pas, sans aucune stimulation, par contre il a besoin d'un peu d'assistance car sur l'aspect latéral, le contrôle de l'équilibre reste très difficile."

Sebastien, l'un des trois premiers participants, insiste sur la motivation et les efforts nécessaires pour obtenir des résultats. À l'aide de cannes, d'abord entouré de personnel médical, puis progressivement seul, il reprend le contrôle de ses jambes jusqu'à oublier les impulsions électriques.

Dans la prochaine phase de l'étude, les huit patients qui participent ont été sélectionnés selon des critères très précis de capacité à investir du temps et à subir de longues sessions d'entraînements, comme une championne de volley, par exemple, seule femme à intégrer le protocole d'expérimentation.

Il faudra donc encore du temps pour que l'on puisse soigner les paralysies. "Il faut bien calibrer les attentes : on ne va pas encore guérir les lésions de la moelle épinières, on est encore dans le concept, mais pour la première fois, on observe une récupération neurologique qui est surprenante et qui va nous aider à affronter les prochains challenges pour en faire un traitement pour tous."

"À partir de l'année prochaine [...] on va l'appliquer environ dès la quatrième semaine après la lésion" annoncent les chercheurs, car l'une des pistes serait d'optimiser la technologie pour pouvoir l'utiliser sur des patients "quand le potentiel de récupération est beaucoup plus important et que le système neuromusculaire n'a pas encore connu toute l'atrophie qui suit une paralysie complète pendant de nombreuses années".

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