Si la Terre tremble, un jour, en France, sera-t-on au courant assez tôt ? La population sera-t-elle suffisamment protégée ? Les failles sismiques ou les volcans sont-ils assez surveillés par les scientifiques ? Une étude du CNRS publiée ce mardi tente de répondre à toutes ces questions.

Les chercheurs français émettent des recommandations pour prévoir les risques de tremblements de terre ou d'éruptions volcaniques
Les chercheurs français émettent des recommandations pour prévoir les risques de tremblements de terre ou d'éruptions volcaniques © AFP / Richard BOUHET

Les volcanologues et sismologues français ont eu un électrochoc quand leurs collègues italiens ont été condamnés à des peines de prison en première instance pour "homicide par imprudence". Ils étaient poursuivis dans l'affaire du tremblement de terre survenu à l'Aquila, dans le centre de l'Italie, en avril 2009, causant la mort de plus de 300 personnes. Les scientifiques ont été relaxés en appel mais ils avaient tout de même été accusés d'avoir sous-estimé le risque sismique dans cette région italienne

Des chercheurs français du CNRS ont dont décidé de faire des recommandations pour prévoir davantage ces risques de tremblements de terre ou d'éruptions volcaniques. lls publient ce mardi un nouvel ouvrage, "Quand la Terre tremble", qui s'appuie sur l'expertise de volcanologues, sismologues et géophysiciens. Ils estiment qu'il faudrait surveiller encore plus les volcans, pour anticiper une éventuelle catastrophe.

Questions à Éric Humler, directeur adjoint scientifique à l’Institut national des sciences de l’univers du CNRS. 

FRANCE INTER : Que recommandez-vous dans ce nouvel ouvrage ? 

ERIC HUMLER : "Sur nos trois observatoires de volcanologie, deux aux Antilles et un sur l'île de la Réunion, lorsque l'on constate une activité un peu anormale d'un volcan, nous devons le suivre 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Mais sur le papier, les chercheurs de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation n'ont pas la possibilité d'effectuer ce genre de travail. Il faudrait donc des 'urgentistes des risques telluriques' en astreinte, 24 heures sur 24. De la même manière que dans un hôpital coexistent des médecins spécialistes qui exercent du lundi au vendredi et un service d’urgence fonctionnant 24h/24, 7 jours sur 7 et 365 jours par an, nous pourrions envisager de mettre sur pied un groupe d'« urgentistes » des risques telluriques dédié uniquement à la surveillance." 

Y-a-t-il suffisamment de liens entre toutes les informations qui sont recueillies par exemple, par le ministère de l'Intérieur, les préfectures ou les observatoires ?

"Ce rapport pointe en particulier une véritable dispersion de la chaîne du risque. En effet, l'une de nos constatations, c'est qu'autour des risques telluriques nous pouvons avoir treize partenaires institutionnels qui viennent de différents types d'établissements publics et huit ministères de rattachement. C'est un problème parce que si l'on veut aller vite sur une crise tellurique, nous sommes obligés, effectivement, d'avoir une organisation un tant soit peu pyramidale, et l'on s'aperçoit que parfois l'organisation laisse à désirer. Donc c'est un point sur lequel il faut absolument avancer et s'organiser d'une façon beaucoup plus rigoureuse."

Pourtant, à Mayotte, le suivi des séismes s'est plutôt bien passé ?

"En l'espace d'un peu plus d'un an, 1600 séismes se sont produits au large de l'île de Mayotte, dont une trentaine ont été largement ressentis par la population. Mayotte a été un exemple, en temps réel, où la communauté scientifique s'est organisée grâce à plusieurs acteurs : le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), l'Institut de physique du globe de Paris (IPGP), l'Institut géographique national, l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer), aux côtés de deux ministères : le ministère de la Transition écologique et le ministère de l'Enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation. C’est le CNRS qui a pris en main l'organisation de ces actions scientifiques en plusieurs étapes avec des missions sur terre et en mer et cela a été une réussite. Mais si on avait été plus préparé en amont, on aurait pu réagir beaucoup plus vite. "

Quels sont les moyens dont dispose la France en matière de détection des phénomènes telluriques ? 

"Depuis maintenant plusieurs années, le territoire métropolitain dispose d'une infrastructure de recherche nationale dédiée à l’observation et la compréhension de la structure et de la dynamique terrestre: le Réseau sismologique et géodésique français, qui réunit près de 800 stations de mesure permanentes déployées dans tout l'hexagone. En Outre-mer, nous disposons par ailleurs d'observatoires volcanologiques performants sur nos trois volcans actifs, à savoir le Piton de la Fournaise à la Réunion, la Montagne Pelée en Martinique et la Soufrière en Guadeloupe. L’observation progresse également du côté de l'étude des mouvements de terrain grâce aux travaux sur la dynamique des mouvements gravitaires menés par l'Observatoire multidisciplinaire des instabilités de versants. Néanmoins, l'Agence nationale de la recherche pourrait attribuer des moyens récurrents dans ce domaine pour faire avancer la recherche sur ces risques telluriques."

Pour seulement quelques volcans en France, doit-on mettre en place cette organisation 24/24 d'urgentistes des risques telluriques ? Est-ce une priorité ?

"Oui. Je pose même cette recommandation tout en haut de la liste des nombreuses recommandations établies par les scientifiques dans le livre, dans la mesure où l'on ne sait pas comment un volcan peut évoluer. Même si pendant des mois, voire des années, il n'y a que des soubresauts, il est important de le suivre de très près pour que l'on puisse réagir et anticiper une éventuelle catastrophe. Il y a des périodes pendant lesquelles nous devons être extrêmement attentifs, en particulier en ce qui concerne la volcanologie."

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.