Les agriculteurs avaient le GPS et les images satellites, ils auront maintenant les drones ! Alors que s’ouvre le 22 février le 51ème salon de l’agriculture, les drones y feront leur apparition. Ils laissent entrevoir des solutions innovantes pour de nouvelles analyses, prometteuses, d’un point de vue économique et environnemental. Encore nouveaux dans le domaine, ils doivent néanmoins faire leurs preuves.

Les drones en agriculture
Les drones en agriculture © Redbird / Redbird

Passés relativement inaperçus jusqu’à maintenant , l’utilisation des drones en agriculture se développe doucement mais sûrement en France depuis 2012. Ils permettent aux agriculteurs de cartographier les cultures, pour apporter avec précision des engrais, et bientôt l’eau et les produits phytosanitaires.

Concrètement, un drone photographie et analyse différents paramètres, comme les taux de chlorophylle ou les besoins en azote des parcelles. Les relevés permettent aux agriculteurs d’obtenir une carte clé en main pour savoir exactement où il est nécessaire d’apporter des engrais.

Cartes aériennes
Cartes aériennes © Redbird / Redbird

Un drone relève les indices de brillance des sols, de végétation ou de stress hydrique. L’analyse des données permettra à terme de définir un plan pour optimiser l’usage des engrais, des pesticides, des irrigations. Et donc une meilleure estimation des rendements et des moments propices pour récolter.

Pour Emmanuel de Maistre , président de Redbird, opérateur de drones civils en France, « L’idée est d’économiser sur l'utilisation des produits, engrais ou pesticides, et d’augmenter la qualité et les performances des productions » .

Airinov a été la première entreprise à se lancer dans l’aventure en 2010. Les fondateurs, deux ingénieurs et un agriculteur, Florent Mainfroy, Corentin Chéron et Romain Faroux, ont imaginé ce concept inédit à l’époque pour « aider les agriculteurs à relever leurs nouveaux challenges » cite leur communiqué du 5 février.

« Les premiers essais ont eu lieu en 2011 avec l’Institut National de la Recherche Agronomique (Inra) pour la partie Recherche et Développement, puis avec des centres techniques » , précise Florent Mainfroy, président d’Airinov. Le partenariat avec l’Inra leur permet d’être proche des attentes des agriculteurs, tout en répondant aux besoins des chercheurs.

Relevé
Relevé © Redbird / Redbird

Depuis avril 2012, une nouvelle législation française autorisant l’utilisation des drones dans le secteur civil a permis au marché de se développer. La DGAC a en effet autorisé l’utilisation commerciale et industrielle des drones. Les opérateurs, c’est-à-dire les fournisseurs et exploitants de drones, seraient aujourd’hui 400 sur le territoire, faisant du marché français le plus avancé en la matière.

La France compte des atouts indéniablement propices au développement des drones dans le secteur de l’agriculture. Principal pays agricole avec 13 millions de terres arables, une législation favorable, et des dispositions européennes incitant les agriculteurs à réduire les intrants dans leurs parcelles, sont autant d’arguments allant dans ce sens.

Autre point positif, la forte réceptivité des agriculteurs : alors qu’on imaginerait parfois un total désintérêt de leur part pour ces nouveaux outils, « Les agriculteurs sont très innovants, ils sont les premiers à utiliser des nouvelles technologies et se montrent souvent satisfaits » témoigne Florent Mainfroy. Même son de cloche avec Emmanuel de Maistre, pour qui « Le milieu agricole est friand de technologie, les agriculteurs sont très attentifs à l'évolution du machinisme » . D’ailleurs, ils utilisaient déjà les images satellites pour cartographier les cultures, et le GPS pour le pilotage de certaines machines.

Les drones permettent des prises photographiques d’une grande précision. Alors qu’avec le satellite on avait une résolution de 10 mètres par 10 mètres (soit 100 mètres carrés), les drones travaillent à l’échelle du mètre carré. En réalité, « Ce n’est pas la résolution qui est la plus intéressante » précise Florent Mainfroy. « L'intérêt est surtout de passer sous la couverture nuageuse, et donc de ne plus être dépendant de la météo, car il faut parfois intervenir rapidement pour bien gérer les cultures » .

Si les drones ont de bons atouts , ils ne devraient pas remplacer les technologies actuelles. D’abord pour des raisons financières. Une image satellite coûte 8 euros de l'hectare, un prix multiplié actuellement par 5 à 10 avec les drones. Par ailleurs, un drone vaut environ 30 à 50 000 euros à l’achat, prix auquel il faut ajouter ceux du logiciel, de l'ingénieur qui l’utilise, et des services annexes. Le coût devrait baisser dans les années à venir, avec un nombre de fournisseurs du service prévu à la hausse.

Les drones ont été testés pour les grandes cultures , blé et colza, et pour une utilisation en viticulture. Pour Emmanuel de Maistre, « Les drones ne conviennent pas encore à toutes les exploitations. On va probablement utiliser le satellite plutôt pour des acquisitions massives sur des grandes surfaces et sur un temps très court. Les drones seront plutôt utilisés pour des surfaces plus réduites, qui nécessitent plus de précisions, comme les vignes » .

Un point sur lequel les opérateurs ne s’entendent pas forcément. Airinov pense plutôt qu’il y a un réel besoin pour les agriculteurs d’optimiser les intrants sur les grandes cultures, et que les passages réguliers à pieds dans les vignes ne nécessitent pas forcément de recourir à des images aériennes.

Le marché des drones en agriculture se cherche encore . Très jeune, il ne concerne qu’un petit nombre d’agriculteurs. Seules quelques centaines de missions auraient été réalisées sur le territoire français depuis la législation de 2012. Pour le moment, moins de 10% des opérateurs de drones civils se sont engagés sur la piste de l’agriculture. L’objectif pour ces opérateurs est maintenant de voir si la technologie permettra un bon retour sur investissement, et donc de réelles économies.

De façon générale, c’est l’utilisation des drones dans le domaine civil qui se cherche . Il existe des dizaines d'applications possibles, celles-ci étant plus ou moins réalistes. Le but des industriels est maintenant de dénicher les utilisations les plus intéressantes. Emmanuel de Maistre n’a cependant aucun doute sur l’intérêt des drones en agriculture, en témoigne cette citation de Chris Anderson, journaliste américain, ex-rédacteur en chef de Wired et fondateur de 3D Robotics :

Par Antoine Bonvoisin, pour La tête au carré.

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