Une étude du Potsdam institute for climat impact research publié dans une revue scientifique prestigieuse montre que le Gulf Stream, courant qui régule le climat mondial, montre des signes de perte de stabilité. Cela pourrait avoir une incidence énorme sur le climat en Europe et dans le monde.

Le Gulf stream passe au large de la Floride avant de remonter vers l'Islande
Le Gulf stream passe au large de la Floride avant de remonter vers l'Islande © AFP / HO / NOAA

Un changement majeur du Gulf stream et des courants nord-atlantiques serait ce que certains scientifiques appellent un point de bascule. S'il s’enraye, des conséquences en cascade sont attendues. Et pas seulement sur les rives de l'océan Atlantique, océan dans lequel opère ces courants : cela pourra avoir un impact sur d'autres points clefs de la planète, telle que la forêt amazonienne ou la mousson. Or une équipe de scientifique a observé que nous sommes bien plus proches de ce seuil qu'on ne le pensait. 

Le Gulf stream appartient a un ensemble plus large de courants, surnommé AMOC pour the Atlantic Meridional Overturning Circulation. Cet ensemble transporte de l'eau chaude circulant en surface depuis les tropiques vers le nord de l'océan Atlantique. Dans le même temps, de l'eau froide circule en profondeur dans l'autre sens. Ce phénomène permet de répartir la chaleur reçue du soleil et permet à l'Europe de connaître des hivers cléments par rapport à l'Amérique du Nord, avec pourtant des latitudes similaires. 

Plusieurs études montrent que les courants atlantiques changent

Une précédente étude, publié dans la revue Nature Geoscience, avait démontré fin février 2021 que la circulation du Gulf stream était à son point le plus bas depuis 1 000 ans. Ce courant décline depuis le milieu du XXe siècle, plus particulièrement depuis 2005. Selon l'équipe de chercheurs, la cause est claire : le réchauffement climatique.

Jusqu'ici, les scientifiques ne comprenaient tout de même pas ce que ce ralentissement signifiait. Et les découvertes de l'équipe dirigée par Niklas Boers ne sont pas bonnes : "Les résultats confortent l'hypothèse que le déclin de l'AMOC n'est pas juste une fluctuation ou une réponse linéaire à l'augmentation des températures, mais signifie plutôt que l'on s'approche d'un seuil critique après lequel le système de circulation de l'eau peut s'effondrer". Autrement dit la fin de ce système de régulation du climat, dans le système que l'on connaît en tout cas.

L'une des causes à l'origine de ce ralentissement est la fonte des glaces en Arctique. Cette fonte ajoute de l'eau douce aux océans. L'eau douce étant moins dense que l'eau salée, elle aura moins tendance à descendre et donc à rejoindre les courants froids qui font circuler l'eau vers les tropiques. Surpris par ces résultats, Niklas Boers appelle à revoir "urgemment" les modèles pour jauger plus précisément où ce situe ce point de bascule.