La NASA et le Centre national d'études Spatiales ont décidé de prolonger de deux ans la mission INSIGHT, d"étude des séismes martiens. L'occasion de corriger un bruit parasite: celui du câble qui lie le sismomètre à la sonde. Pour cela, il a été décidé d'enterrer ce câble, à distance à 250 millions de km.

Le sismomètre SEIS et son cable relié à l'atterrisseur
Le sismomètre SEIS et son cable relié à l'atterrisseur © NASA /JPL CALTECH 2019

Sur Mars, une année correspond à deux années terrestres. En prolongeant de deux ans la mission Insight, la NASA et le CNES offre donc aux scientifiques un cycle complet supplémentaire d'observation pour comprendre la structure interne de la planète rouge. Pour l'équipe du sismomètre SEIS, c'est une aubaine car l'observation augmente statistiquement les chances d'enregistrer des séismes de forte magnitude.

Car jusqu'à ce jour, les 400 événements détectés ont révélé une planète à l'activité géologique plus tranquille que prévue avec, pour les événements les plus forts, une magnitude entre 3 et 4. "Ce que l'on voit, c'est qu'il y a moins de gros séismes que ce qu'on attendait, mais en comparaison, si on regarde ce qui se passe sur la Terre, on n'a pas de séismes de magnitude 9 tous les ans. C'est plutôt 3 depuis 80 ans", explique Philippe Lognonné, chercheur CNRS à L'institut de Physique du Globe de Paris et "père" du sismomètre. Il n'y a pas de tectonique des plaques apparemment, contrairement à la Terre.

Deux années d'activité supplémentaire constituent une aubaine. Pour la NASA comme pour le CNES, c'est un investissement conséquent, mais qui devrait rapidement déboucher sur des publications scientifiques importantes. Car la mission INSIGHT a aussi pour objectif d'étudier la structure interne de la planète, en particulier son noyau. Est-il liquide ? C'est justement une question que des séismes un peu plus importants pourraient permettre d'éclaircir.

Travaux de terrassement dans l'espace

En attendant, les prochains mois seront mis à profit pour faire un peu de terrassement. Même à 250 millions de kilomètres de distance et sans qu'une intervention humaine ne soit possible, les ingénieurs du spatial, en dignes "Géo Trouvetou" qu'ils sont, vont essayer une technique inédite.

Depuis le début de la mission, le câble plat qui relie le sismomètre au vaisseau-mère subit les fortes variations thermiques au coucher du soleil. Résultat, précise Philippe Lognonné : "Quand le soleil se couche, le câble se refroidit très rapidement et il craque. Ces tout petits craquements augmentent le bruit mesuré par l'instrument pendant cette période de la journée où il n'y a plus de vent. On est donc dans une situation où le câble est la première source de bruit pendant le coucher du soleil. Pour avoir les meilleures données, il faut empêcher ce câble de refroidir, et donc l'enterrer."

Sur Mars, on a la chance que l'atterrisseur ait un bras robotique, avec au bout une pelle. "On va faire comme sur la plage : avec la pelle on va prendre du sable, du régolithe martien et le faire tomber sur le câble pour le recouvrir", détaille Philippe Lognonné. Il ne sera pas nécessaire de recouvrir toute la longueur du câble. Quelques centimètres suffiront car il est très sec, ce qui en fait un bon isolant thermique. Comme toujours avec les robots martiens de la NASA, toute manœuvre est répétée en laboratoire au Jet Propulsion laboratory à Pasadena. Le modèle jumeau de la sonde servira donc à tester l'opération avant de la programmer.

► ALLER PLUS LOIN - Les images du bras robotique et de sa pelle sur le site de la Nasa

C'est pour enlever les bruits résiduels sur l'enregistrement des séismes que ces petits travaux de terrassement sont nécessaires. Ils devraient permettre d'améliorer la qualité des signaux et peut-être de détecter des ondes de surface qui auraient échappé aux scientifiques et qui permettraient d'affiner la structure interne de la planète.