Depuis deux semaines, plusieurs pays ont signalé des hospitalisations d’enfants pour des syndromes inflammatoires sévères, nécessitant une réanimation, sans aucun décès heureusement. Les chercheurs se demandent s’il pourrait y avoir un lien avec l’épidémie de Covid-19.

un syndrome inflammatoire chez les enfants en période de crise sanitaire de coronavirus
un syndrome inflammatoire chez les enfants en période de crise sanitaire de coronavirus © Getty / Europa Press News

L’alerte est officiellement lancée en France. Le communiqué de la Société française de Pédiatrie mis en ligne le 29 avril commence ainsi :   « Nous sommes interpellés depuis plusieurs semaines par la description de cas pédiatriques en réanimation de myocardite avec défaillance circulatoire (…) Dans le contexte actuel de la pandémie de COVID-19 l’association de ces cas au SARS-CoV-2 est possible, même si elle n’a pas pu être prouvée pour tous les patients. » 

Le signal est venu 5 jours plus tôt du Royaume-Uni où les autorités sanitaires ont été les premières à signaler un nombre restreint mais croissant de jeunes patients hospitalisés pour des syndromes inflammatoires sévères, après quelques jours de fièvre accompagnée de douleurs abdominales, avec parfois une éruption cutanée fugace. Depuis plusieurs semaines déjà, des pédiatres italiens et espagnols avaient également réalisés des observations similaires mais sans avoir établi un lien avec l’épidémie de Covid-19 qui sévissait dans leur pays. 

Il faut dire que le nombre d’enfants concernés reste faible. En France, les seuls chiffres disponibles pour l’instant sont ceux des services de réanimations de l’Ile-de-France  : 

« Un peu plus de 20 enfants ou adolescents âgés de 3 à 17 ans sont —ou ont été— traités depuis le 15 avril, quand normalement ces services en dénombrent tout au plus un par mois », a détaillé le Pr Sylvain Renolleau, chef du service de réanimation et surveillance continue médicochirurgicales à l’hôpital Necker-Enfants malades de Paris lors d’un point organisé avec les équipes de l’AP-HP.

Il s’agit là des formes les plus sévères de syndrome inflammatoire. Ailleurs en France, quelques villes comme Chambéry, Nancy, Reims, Lyon ou Montpellier ont également signalé quelques cas isolés de jeunes patients au profil clinique comparable. 

La Société Française de pédiatrie souligne : « Nous avons également remarqué en complément, une recrudescence de cas de maladie de Kawasaki atypiques sans défaillance cardiaque ». La maladie de Kawasaki ? Il s’agit d’une maladie rare qui touche moins de 500 cas signalés par an en France. Même si elle est connue depuis au moins cinq décennies, les scientifiques n’ont jamais pu identifier son origine, mais ils la soupçonnent depuis longtemps d’être d’origine infectieuse. En effet, revenant de manière saisonnière, ces signes cliniques ressemblent au départ à ceux d’une pathologie infectieuse (fièvre, toux, éruptions cutanées…).  

Le coronavirus est-il le responsable de cette apparition de nouveaux cas ?

« Tous les enfants hospitalisés en réanimation ont tous été en contact à un moment ou un autre avec ce virus, puisqu’ils présentent soit un test PCR positif, soit un test sérologique qui montre que le contact avec le virus date de 3 à 4 semaines», a reconnu le Pr Sylvain Renolleau. Il y a donc bien une corrélation. Pour autant, cela ne permet pas d'établir formellement un lien de cause à effet. « _Il est possible qu’avec le changement de saison, et le temps passant, apparaissent d’autres infections responsables de ces syndromes inflammatoires »,_prévient prudemment le Pr Gérard Chéron, chef de service du SAU – urgences pédiatriques de Necker. Autrement dit, l’agent infectieux responsable pourrait être autre que celui du Covid-19, comme l’ont d’ailleurs souligné les équipes britanniques lorsqu’elles ont lancé leur première alerte. 

D’ailleurs ces cas ne semblent-ils pas apparaître un peu tard alors que l’épidémie a débuté depuis deux mois en Europe ? En réalité, ce départ différé pourrait parfaitement s’expliquer par la nature même de ce syndrome. Il ne s’agit pas à proprement parler d’une infection mais d’une maladie « post-infectieuse », liée à une réaction excessive du système inflammatoire. Or, on sait que chez les adultes, le Covid-19 peut également provoquer chez 10 à 15% des malades une réaction immunitaire exagérée, sous forme d’une « tempête de cytokines » entre 7 et 10 jours après le début des signes infectieux. Chez les enfants, ces réactions semblent se produire plus tard —trois à quatre semaines après l’infection— avec une atteinte prédominante du muscle cardiaque et non pas des poumons.

Un registre national vient d’être créé pour répertorier, suivre et étudier tous les cas et tenter de mieux documenter le lien potentiel entre l’infection par le Sars-Cov-2 et ce syndrome. En attendant, «il convient de consulter son médecin traitant ou le service d’urgences pédiatriques le plus proche du domicile, si la fièvre est élevée pendant plus de 72 heures et qu’elle est mal tolérée, si l’enfant est somnolent, s’il refuse de s’alimenter, s’il ne se comporte pas comme d’habitude ou si cette fièvre élevée (39 à 40°C) se prolonge au delà de 72 heures, a fortiori si l’enfant se plaint de douleurs abdominales ou de diarrhées », insiste Gérard Chéron. 

Fait rassurant, aucun décès n’est à signaler et les jeunes patients ont tous, à ce jour, récupéré rapidement. Rappelons également que depuis le début de l’épidémie en Europe, relativement peu d’enfants ont été touchés par le Covid-19 et les formes sévères restent exceptionnelles. 

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