Le directeur général de la Santé affirme qu’après une infection au Covid-19, notre organisme fabrique des anticorps qui nous protègent d'une nouvelle contamination par le virus. Mais l'OMS, elle, se montre très prudente. Qui croire ?

Un coronavirus entouré d'autres agents pathogènes
Un coronavirus entouré d'autres agents pathogènes © AFP / Christoph Hardt / Geisler-Fotopres / Geisler-Fotopress

Les connaissances sur le SARS-CoV-2 évoluent chaque jour et avec elles les messages des autorités ou des scientifiques. Il en va ainsi des propos tenus sur l'immunité acquise après infection par le coronavirus. Le 16 avril dernier, Jean-François Delfraissy, président du Conseil national scientifique, évoquait les incertitudes concernant une réinfection possible des anciens malades. Il faisait écho aux cas recensés en Corée du Sud, de personnes ayant été réinfectées par le virus. 

Le 22 avril, le directeur général de la Santé Jérôme Salomon se montrait beaucoup plus rassurant lors de son point presse quotidien. "Il faut tordre le cou à ces deux idées qui font l'objet de constatations de cas. Aujourd'hui, les personnes qui ont fait une infection virale développent des anticorps plusieurs semaines après et qui paraissent de qualité. Il y a bien une immunité [...] La motion de réactivation sont liées au test lui même. On peut retrouver des fragments du génome du virus lui-même, cela ne veut pas dire qu'on est contagieux", affirmait-il, avant d'enfoncer le clou. "Ce sont des données rassurantes. Quand on a fait une infection au virus, on a une immunité qui devrait être protectrice et il n'y a pas cette réactivation, ces doubles infections.

Des propos infirmés par l'OMS

Trois jours plus tard, et en réponse notamment à l'annonce du Chili qui souhaite délivrer des certificats d'immunité, l'Organisation mondiale de la Santé démentait ces propos. "Il n'y a actuellement aucune preuve que les personnes qui se sont remises du Covid-19 et qui ont des anticorps sont protégées contre une deuxième infection", soulignait l'OMS.

Une cacophonie que confirme Jean-Laurent Casanova, professeur en immunologie et chef du Laboratoire St Giles de génétique humaine des maladies infectieuses à l'université Rockefeller, aux États-Unis. "Il y a aujourd'hui 66 millions de virologues en France", note-t-il avec ironie. "La vérité, c'est qu'on ne sait pas si ces anticorps confèrent une immunité. Ils disent simplement que la personne a été en contact avec le virus", martèle-t-il. 

Manque de recul

Quatre mois après l'apparition de ce virus émergent, les équipes manquent de recul pour être affirmatives. L'enquête menée par Arnaud Fontanet, de l'Institut Pasteur, à Crépy-en-Valois, l'un des foyers de l'épidémie en France, a révélé que les anticorps peuvent apparaître dès le 5e ou 6e jour chez les personnes infectées ; plus sûrement à partir du 14ème jour. Ces anticorps, des immunoglobulines (IGM ou IGG dans le jargon des biologistes), apparaissent successivement. Le type G est neutralisant pour le virus. "Mais cela ne nous dit rien d'une possible réinfection, ni si ces personnes ne sont pas contagieuses pour les autres", ajoute l'infectiologue Odile Launay.  

Que sait-on des autres coronavirus ? Et pourquoi ne pas raisonner par analogie ? Odile Launay souligne que les coronavirus qui causent les rhumes hivernaux ne débouchent pas sur une immunité à vie. "Si l'on prend les viroses respiratoires, on constate des immunités de quelques mois, de plusieurs années mais au fond, on ne sait pas", insiste Jean-Laurent Casanova. "Quant aux coronavirus émergents proche du SARS-CoV-2 (le Sars de 2003 et le MERS de 2012), les données n'existent pas. Les épidémies ont disparu." 

In vitro, "d'un point de vue mécanistique, les anticorps de personnes infectées mis en présence de virus ont montré leur capacité de le neutraliser, ce n'est qu'une preuve indirecte", précise Odile Launay. Mais l'incertitude demeure au niveau d'une population. Quant à savoir si l'immunité durera, il faut attendre pour l'affirmer. Pour autant, c'est bien parce que les signaux étaient encourageants qu'un essai clinique de transfusion de plasma de convalescence a été lancé avec l'Établissement français du sang. L'idée est d'évaluer si ces anticorps administrés à des personnes n'ayant pas rencontré le virus les protègent.

Vers des doubles tests ?

En somme, inutile pour les personnes qui pensent avoir été infectées d'espérer avoir un blanc-seing de sortie au moment du déconfinement. Un test sérologique en laboratoire ne constituera pas un passeport d'immunité. 

À quoi pourraient donc servir les tests sérologiques dont on parle pour aider à une stratégie de déconfinement ? Pour François Blanchecotte, président national du syndicat des biologistes, "on s'achemine vers un double test : PCR et sérologique". Le test PCR sert à mettre en évidence la présence du virus (échantillon prélevé dans le nez) tandis que le test sanguin mettra en évidence les anticorps, leur type et leur quantité. Sans garantir pour autant qu'une nouvelle rencontre avec le virus ne débouchera pas sur une nouvelle infection ou que le primo infecté ne restera pas contagieux. Autant de doutes qui penchent pour le maintien pendant une longue durée des gestes barrières et du port du masque. 

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