Question existentielle posée par Tom, 7 ans, dans "Les P’tits Bateaux" et Boris Cyrulnik a… 2 minutes pour répondre. Défi relevé !

Dis monsieur Cyrulnik
Dis monsieur Cyrulnik © Getty

Boris Cyrulnik :

La réponse la plus simple, c'est que l'âme, c'est quelque chose que l'on ne peut pas voir et qui pourtant nous habite et remplit un immense espace. On ne peut pas la mesurer, on ne peut pas la voir, on ne peut pas la peser et pourtant on y répond sans cesse.

Faisons une parenthèse

On ne peut pas peser une âme, nous dit Boris Cyrulnik... Et pourtant...

Il y a tout juste 100 ans, un médecin américain, Duncan MacDougall, a émis l'hypothèse que l'âme aurait une masse estimée à 21 grammes. Au moment de la mort, l'âme s'échapperait du corps humain, qui se retrouverait allégé de ce poids. Un compte-rendu de ces expériences, parce qu'il a fait des expériences, sur des êtres humains et sur des chiens.... est publié par le New York Times en mars 1907, puis par le journal médical American Medicine en avril de la même année. L'hypothèse du Dr MacDougall fut rapidement mise en doute… et à mal, mais donna des idées à plusieurs auteurs :

  • André Maurois s'est inspiré de cette expérience pour écrire son roman Le peseur d'âmes (paru en 1931).
  • Dans le roman Le Symbole perdu de Dan Brown, Katherine Salomon reproduit l'expérience de Duncan MacDougall.
  • Dans le manga Gantz, quand un humain meurt, 21 grammes d'information sont transférés vers une autre dimension avant d'être réintégrés à un nouvel individu naissant.

En 2004, Alejandro González Iñárritu réalise 21 grammes. Et même si ce titre s'inspire de la théorie du brave Dr MacDougall, il ne s'agit pas pour autant d'un biopic, mais plutôt explique de réalisateur d'une "méditation qui explore tous les aspects de nos vies : la perte, la dépendance, l'amour, la culpabilité, les coïncidences, la vengeance, l'obligation, la foi, l'espoir et la rédemption. Personne n'est bon ou mauvais. Nous flottons simplement dans un immense univers, ballottés au fil des circonstances."

Revenons à notre âme...

... Et à l’espace qu’elle occupe - que Boris Cyrulnik baptise "le monde du dedans".

Il est rempli par des idées, par des affections, par des choses qu'on ne peut pas mesurer et qui pourtant font notre vie psychique, notre vie mentale, qui est la caractéristique de la condition humaine.

Au Moyen-Âge, on se demandait si les insectes avaient une âme ? Quant aux femmes....

Cette légende tenace qui veut que des évêques aient discuté de l'existence de l'âme des femmes lors d'un concile remonterait au VIe siècle de notre ère et reposerait sur une controverse linguistique.

Quant à la controverse de Valladolid, elle a, elle aussi, inspiré des auteurs et des cinéastes.

"Dès l'instant où l'on accorde une âme à un autre", conclut Boris Cyrulnik, "on lui parle comme à quelqu'un qui a un monde du dedans, qui nous intéresse, qui nous étonne, qui nous irrite, mais dont il faut tenir compte. Donc le fondement de la morale apparaît : "Je dois tenir compte de l'existence de votre âme"

► ECOUTER | Les P'tits Bateaux de Noëlle Bréham

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