Les forêts tropicales sont des poumons verts pour la planète. Capable de stocker du carbone et donc de limiter la libération dans l'atmosphère de gaz à effets de serre, elles sont pourtant exploitées de façon exponentielle par l'homme. Une équipe internationale a quantifié leur temps de régénération.

La forêt guyanaise
La forêt guyanaise © AFP / Jody AMIET

En Amazonie, en Afrique, en Indonésie, les forêts tropicales abritent une biodiversité immense : 53 000 espèces recensées. Pourtant, la moitié d'entre elles, après avoir subi l'impact de l'homme (coupées pour l'agriculture ou l'élevage), sont en cours de régénération. A quelle vitesse et avec quelle efficacité se passe la convalescence ? C'est ce qu'ont voulu savoir des chercheurs, spécialistes des écosystèmes forestiers, en particulier amazoniens. 

Pour cela, ils ont isolé, du nord du Mexique au Sud du Brésil, 56 sites aux conditions climatiques et aux sols variés et suivi la croissance des arbres sur de très longues périodes, parfois jusqu'à 60 ans. "On a constaté qu'à la fois le stockage de carbone et la biodiversité revenaient dans une forêt qui se régénère mais pas à la même vitesse" insiste Jérôme Chave, directeur de recherche au CNRS et co-auteur de l'étude publiée dans Science Advances ce jour. "La biodiversité c'est-à-dire, la richesse des essences revient plus lentement que la capacité à stocker du carbone. Avant d'avoir un assemblage similaire aux forêts primaires, nous avons montré qu'il fallait plusieurs décennies, entre 50 et 100 ans" ajoute-t-il. 

Des centaines d'années pour retourner à l'état primaire

Ce résultat n'est pas si étonnant pour les chercheurs mais leur travail a le mérite de quantifier le temps dont a besoin la forêt tropicale à l'échelle de toute l'Amazonie et jusqu'en Amérique centrale. Au bout de 20 ans de repousse, l'équipe a calculé que seulement 34% des essences identifiées dans les forêts anciennes (primaires) sont revenues dans les zones en phase de régénération. "Habituellement, on s'attend à ce que la forêt ait rejoint son état initial en 50 ans or pour avoir toute la panoplie d'espèces avec les plus rares, cela prend plusieurs centaines d'années" explique Jérôme Chave.  

Plantation de palmiers à huile

La conclusion à en tirer est que lorsqu'on coupe une forêt tropicale pour en changer sa destination et en faire un pâturage ou une plantation de palmiers à huile, il faut prendre en compte ces échelles de temps pour gérer la biodiversité. Les forestiers ont plutôt l'habitude de gérer les forêts en fonction du volume de bois et en forêt tropicale, cela peut passer à l'échelle de 2 ou 3 décennies, un laps de temps trop faible pour obtenir une biodiversité satisfaisante. Du moins si l'on veut que ces forêts continuent d'être des poumons efficaces pour stocker du carbone et réguler l'émission de gaz à effets de serre. 

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