Un nouveau métier émerge en milieu urbain : celui de maître-composteur. Une manière de réduire la quantité de déchets acheminés vers l'incinérateur en récupérant les épluchures de fruits et légumes pour nourrir la terre des potagers et des jardins.

Pour Jean-Jacques Fasquel, maître-composteur, "il faut changer son regard sur les biodéchets. Il faut les assumer, car nous produisons des déchets, mais aussi se dire que ces déchets n'en sont pas ; ce sont des ressources."
Pour Jean-Jacques Fasquel, maître-composteur, "il faut changer son regard sur les biodéchets. Il faut les assumer, car nous produisons des déchets, mais aussi se dire que ces déchets n'en sont pas ; ce sont des ressources." © Radio France / Sandy Dauphin

C'est un coin de verdure insolite au pied d'un immeuble de plus de 500 logements en plein XIIe arrondissement de Paris. Un potager, des poules, des ruches, une mare... Et de grands bacs en bois, qui contiennent des déchets biodégradables et dont Jean-Jacques Fasquel, "maître-composteur", assure la bonne tenue jusqu'à maturation du compost.

La maturation du compost, le "stade final", comme l'appelle le maître-composteur, c'est quand le compost est "de couleur noire", dégage "une odeur d'humus forestier" et aurait l'aspect, si on le passait au tamis, de "graines de couscous", de matière fine et un peu granuleuse. À ce stade, à l'exception de "brindilles" ou de morceaux de "coquille d'œuf", il n'y a plus de déchets. 

Les épluchures de fruits et légumes des habitants qui participent ont été recyclées grâce à l'action de bactéries, de champignons, de vers et d'autres petites bêtes comme les collemboles, les mille-pattes ou encore des cloportes. Car, précise Jean-Jacques Fasquel, "il y a beaucoup d'acteurs de la décomposition".

Jean-Jacques Fasquel a crée ce compost collectif il y a dix ans. Munis d'un petit bio seau, d'une contenance de 5 à 7 litres, les habitants peuvent y déposer leurs épluchures de fruits et légumes, leur marc de café et certains restes comme le riz, "au rythme de leur choix".

Huit tonnes de déchets par an

Il n'y a pas de non-sens plus grand, regrette le maître-composteur, que notre système actuel de gestion des biodéchets :

Ces déchets sont gorgés d'eau et on va essayer de les faire brûler, alors qu'ils pourraient retourner à la terre et la terre en a bien besoin, elle qui est souvent devenue un substrat de culture sans vie.

Sa devise : composter plutôt qu'incinérer. "Il faut changer son regard sur les biodéchets. Il faut les assumer, car nous produisons des déchets, mais aussi se dire que ces déchets n'en sont pas ; ce sont des ressources."

Il faut que chacun prenne en main son déchet et le transforme en quelque chose de noble.

D'autant que les biodéchets représentent un tiers de nos poubelles. "On estime que l'on détourne de la collecte traditionnelle 8 tonnes de déchets par an", rien qu'avec son initiative et le concours de 80 familles de l'immeuble qui participent aujourd'hui au projet.

Rassurer et miser sur le volontariat

Mais pour y parvenir, au début, il a fallu vaincre quelques réticences : "Il faut rassurer. Pour beaucoup, le compost c'est quelque chose qui sent mauvais. Alors il faut rappeler qu'un compost bien mené ne sent pas."

Bien mené, cela sous-entend respecter certaines consignes sur les déchets concernés. Jean-Jacques Fasquel en appelle donc au volontariat, car l'expérience démontre que les participants sont plus respectueux, "parce que les gens qui viennent ont choisi de le faire, ils le font en respectant scrupuleusement les consignes qui leur ont été données".

Jean-Jacques Fasquel a quitté son poste de cadre-dirigeant pour devenir maître-composteur à temps complet. Il expérimente, forme, conseille et peaufine aussi ses recettes de compost "avec beaucoup d'amour" : "Faire du compost demande un tour de main, explique-t-il. Cela demande, comme le fromage et le bon vin, une sorte d'affinage pour arriver à maturation." Au pied d'un immeuble, dans la configuration appliquée ici, "on arrive à avoir du compost mûr en six à huit mois".

A Paris, 300 immeubles sont désormais équipés d'un compost collectif. Dans deux arrondissements tests, dont le XIIe, la collecte sélective des biodéchets est expérimentée et des petits seaux ont été distribués avec une fiche explicative des déchets concernés. Une expérience qui pourrait s'étendre aux autres arrondissements dès 2019. Outre-Atlantique, à Montréal, la distribution de bacs de collecte pour les biodéchets s'étend à toute la ville avec pour objectif une collecte par semaine pour tous, dès 2019.

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