L'agence spatiale européenne lance le 31 mars sa nouvelle campagne de recrutement d'astronautes, 4e du genre. Il s'agit de sélectionner 4 à 6 personnes en visant une meilleure diversité de profil. En clair, plus de femmes, car aujourd'hui elles restent très minoritaires dans le secteur spatial.

Luca Parminano
Luca Parminano © ESA

Une bonne condition physique, une tête bien faite, bien pleine, une grande capacité de travail, un mental équilibré et l'audace de se dire qu'on peut y prétendre. Thomas Pesquet, depuis les États-Unis où il se prépare à sa deuxième mission, a rappelé lors de la présentation de la campagne de recrutement que tenter sa chance est le premier pas. "Vous n'avez rien à perdre donc postulez" enjoint-il ! Devenir astronaute, c'est aussi une question d'opportunité tant les campagnes sont rares. La précédente a eu lieu il y a onze ans.  Six astronautes avaient été choisis dont le Français, benjamin de la promotion. Pour cette 4e campagne, 4 à 6 personnes seront sélectionnées et l'Agence Spatiale européenne veut plus de diversité, notamment plus de femmes. 

En route vers la parité

"Pour moi, le moteur c'était un rêve d'enfant que j'avais en tête et puis ensuite, ça été l'opportunité quand j'ai vu l'appel à candidatures" raconte Claudie Haigneré, sélectionnée par le CNES (Centre National d'Etudes Spatiales) en 1985.  "On n'a pas toujours le rêve de devenir astronaute dans la tête mais on peut être attirer par le panel de ces métiers autour du spatial et être admirative de l'aventure humaine que représente cette conquête de l'espace avec le vol habité" ajoute t-elle. 

Atteindre la parité, diversifier les profils, c'est donc le moteur de cette nouvelle campagne de recrutement de l'Agence Spatiale Européenne.  Il s'agit de dépasser les 10 à 15% de candidatures féminines constatées jusqu'ici et qui correspondent à la part des femmes dans les carrières scientifiques ou d'ingénierie. 

L'ESA n'envisage pas pour autant un quota. Mais son processus de sélection est en partie anonymisé et donc, sur le dossier, certaines étapes où le genre n'est pas précisé pourraient rééquilibrer les statistiques.  "Il faut y aller avec envie et patience car le processus est long" complète Claudie Haigneré. "La curiosité est une qualité essentielle" ajoute Luca Parmitano, astronaute de la promotion 2008 et auteur de deux missions dans l'ISS. 

Des personnalités équilibrées, ni dominantes ni suiveuses

"On ne cherche pas des surhommes, ni des athlètes, ou des personnes à compétences extraordinaires" insiste le responsable de médecine spatiale Guillaume Weerts. Pour lui, l'expérience du vol habité a même conduit à avoir des critères de sélection de plus en plus "lâches". Pourtant, "quand on parle de diversité, d'inclusion, cela ne doit pas se faire au détriment des compétences" pour la responsable de la diversité à l'ESA, Ersillia  Vado-Sarpetta.  

Les compétences restent grandement liées aux connaissances scientifiques ou techniques. Le niveau minimum requis est le Master assorti de 3 années dans la vie professionnelle et un anglais courant. Même s'il a commencé par des études de sciences politiques, Luca Parmitano a poursuivi par un Master en ingénierie. Il y a peu de chances qu'on retrouve un jour dans l'espace un sociologue ou un historien des mondes antiques, même si parmi les touristes on a pu croisé par le passé un ancien cracheur de feu, le businessman canadien Guy Laliberté patron du cirque du Soleil. 

Le gateway, la station orbitale lunaire (vue d'artiste) attendue pour 2025
Le gateway, la station orbitale lunaire (vue d'artiste) attendue pour 2025 / ESA

La diversité a donc ses limites. Le double cursus sera grandement apprécié. La maitrise de plusieurs langues étrangères également et une personnalité équilibrée. "La sociabilité, la capacité à rester dans un  espace limité pendant 6 mois est essentiel. L'empathie, la capacité à comprendre l'autre, le seront aussi" ajoute Guillaume Weerts. "On ne cherche pas des personnalités dominantes ni complètement suiveuses, mais des gens qui peuvent assurer les deux rôles".  Il est possible de postuler jusqu'à 50 ans. 

À cela s'ajoute une forte capacité à l'adaptation. Il faut aimer voyager (le lieu de vie est situé à Cologne en Allemagne, mais les entrainements sont aux USA, en Russie, et peut-être un jour en Chine), partager les cultures, ne pas chercher la routine. Les destinations vont évoluer, notamment grâce au programme Artemis de la NASA. Pour Didier Schmitt, en charge du groupe d'exploration robotique et humaine,   "les nouveaux astronautes iront dans les pas des anciens. La première destination est l'ISS puisque nous avons négocié un vol de 6 mois tous les 18 mois.  Ensuite, nous avons fin 2020 négocié 3 vols supplémentaires vers le Gateway, la station circumlunaire, mise en service en 2025. Des missions entre 15 et 30 jours avec le programme Orion, propulsé par le vaisseau de service européen"

A terme, l'Agence Spatiale Européenne dit vouloir travailler vers une diversité de profil encore plus grande avec la sélection de para-astronautes, des personnes avec un handicap physique.  Il est aussi prévu de sélectionner une réserve, un corps d'une vingtaine de personne mais qui ne seront pas recrutés par l'Agence. Elles endosseront un rôle d'ambassadeur mais ne seront pas payées pour cela. 

Le dépôt du dossier est possible du 31 mars au 28 mai 2021. L'annonce de la sélection aura lieu en octobre 2022.