La neurobiologiste Catherine Vidal était l'invitée d'Elodie Font. Auteure d'un ouvrage intitulé "Femmes et santé, encore une affaire d'hommes ?", elle y interroge la fameuse notion de "sexe faible" et démonte surtout les idées reçues chez les patients comme les soignants pour lutter contre les inégalités.

L'accès aux soins pour les femmes n'est pas le même que pour les hommes
L'accès aux soins pour les femmes n'est pas le même que pour les hommes © Getty / Tara Moore

Invitée de l'émission "Chacun sa route", la neurobiologiste Catherine Vidal a évoqué les inégalités d'accès aux soins entre hommes et femmes, et ce, dans toutes les sociétés. 

L'anatomie masculine comme référence...

"Il y a une longue histoire, très longue histoire au cours de laquelle les normes qui définissaient l'anatomie ou qui définissaient le fonctionnement du corps correspondaient aux corps masculins. Puis il y a eu une accumulation de connaissances. Et progressivement on s'est aussi penché sur la question du corps et de la santé des femmes, mais longtemps, est restée cette notion que les femmes sont des créatures fragiles, dans leur corps, mais aussi dans leur tête

Il n'était pas question de leur donner des postes de responsabilités parce que jamais elles n'auraient été capables d'assurer justement ces postes qui demandent de l'énergie ou un certain nombre d'aptitudes.

Prenez les pilotes de ligne par exemple. Ce n'est que récemment qu'on a permis aux femmes d'être pilote de ligne."  

Dans un ouvrage intitulé Femmes invisibles, la journaliste Caroline Criado-Perez dénonçait d'ailleurs l'oubli des femmes, des spécificités de leur corps dans la conception d'objets du quotidien : des toilettes publiques où l'on ne tient pas compte du fait que les femmes mettent plus de temps à uriner que les hommes, d'où le besoin d'en avoir plus pour éviter les queues, des téléphones pensés pour les grandes mains, des voitures où les crash-tests ont été réalisés avec des corps d'1m70 et de 76 kilos allant même jusqu'à mettre plus en danger la vie des femmes au volant (ou des passagères). 

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Ici un crash test avec un corps de femme enceinte
Ici un crash test avec un corps de femme enceinte © Getty / Andy Sacks

... a conduit à une inégalité face à l'accès aux soins

"Donc, il y a un certain nombre d'idées reçues sur la façon dont certaines maladies puissent affecter différemment les femmes et les hommes. Et le problème, c'est que cette vision en fait des maladies liées au sexe entraînant ainsi, et c'est grave, un certain nombre de discriminations dans l'accès aux soins et dans la prise en charge médicale. 

Prenons un exemple très frappant qui est celui de l'infarctus du myocarde : les femmes, d'une façon générale, décèdent plus de maladies cardiovasculaires que les hommes à symptôme égal."

Une femme qui se plaint d'oppression dans la poitrine de douleur, on va lui dire vous êtes stressée, vous avez besoin de vous reposer, prenez des calmants alors qu'un homme, il y aurait une vigilance un peu différente.

"Un homme on va plutôt l'orienter vers un cardiologue. Donc il y a ce problème. La prise en charge, selon la représentation qu'on se fait de la maladie n'est pas la même. 

Auparavant, la médecine n'était pas suspicieuse de l'infarctus chez les femmes, cette maladie étant considérée comme celle des hommes stressés au travail. Mais à l'heure actuelle, les modes de vie professionnelle entre les femmes et les hommes se sont égalisés. Il y a ainsi vraiment eu une explosion de cas d'infarctus chez les femmes de moins de 60 ans, alors qu'auparavant, c'était très rare. 

Ce qui est important, c'est de prendre en compte l'évolution sociale pour arrêter de négliger des tas de pathologies qui désormais concernent les femmes. 

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