Le président de la région Auvergne Rhône-Alpes envisage de consacrer 10 millions d'euros à l'achat de purificateurs d'air pour équiper 565 lycées de sa région ainsi que des écoles, bibliothèques et maisons de santé. Selon Laurent Wauquiez, cette piste a été négligée. Le matériel sera acheté à des entreprises locales.

Laurent Wauquiez veut équiper en purificateurs d'air les établissements scolaires de sa régions soit avec de l'ozone, soit avec des UV, soit avec des techniques de désinfection
Laurent Wauquiez veut équiper en purificateurs d'air les établissements scolaires de sa régions soit avec de l'ozone, soit avec des UV, soit avec des techniques de désinfection © Maxppp / Alexandre Marchi

Laurent Wauquiez pense avoir trouvé la parade contre la propagation du coronavirus : équiper en purificateurs d'air les établissements scolaires. Dans un texte envoyé à l'Agence France Presse, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes précise que "l'objectif est un déploiement rapide, avec des tests à blanc pendant les vacances scolaires de la Toussaint, pour une mise en œuvre à la mi-novembre". Au micro de Céline Loizeau de France Bleu Isère, il précise "on a commencé à identifier des entreprises un peu partout dans notre région, qui ont développé des technologies permettant de purifier notre air, soit avec de l'ozone, soit avec des UV , soit avec des techniques de désinfection". L'idée est de faire appel au savoir-faire régional.  

Que dit la science des technologies existantes ?

Elles se sont multipliées depuis quelques années, la recherche pour lutter contre la mauvaise qualité de l'air ayant mobilisé de plus en plus d'équipes depuis une décennie. L'isolation des habitations pour économiser de l'énergie a en effet conduit à un effet pervers : la présence, plus qu'autrefois, de polluants dans nos intérieurs. Ces polluants issus de nos moquettes, peintures, colles utilisées pour les meubles sont souvent nocifs pour la santé, parfois cancérigènes comme le formaldéhyde ou les COV. Quant à l'air extérieur, nul besoin de démonstration : la multiplication des épisodes de pollution atteste de sa baisse de qualité. "Mais, contrairement à ce qu'on avait cru, les tours nettoyantes testées à Pékin ne marchent pas !" rappelle Jean-François Doussin, spécialiste de la pollution particulaire et des aérosols atmosphériques au CNRS. 

Pour l'air intérieur, en revanche, des systèmes efficaces existent. Celui basé sur les filtres HEPA, utilisé en particulier dans les cabines d'avion. Ils sont capables de retenir des particules de taille micrométrique, parfois même plus petites encore dont le SARS Cov 2, qui, sous forme de gouttelettes ou d'aérosols, mesure entre 150 nanomètres (1nm= 1 milliardième de mètre) et 50 microns. Il faudra cependant s'assurer que les purificateurs seront adaptés au volume des pièces à filtrer et les faire fonctionner non stop. "À partir du moment où ce sont les personnes qui portent le virus, c'est en permanence qu'il faut organiser une filtration de l'air, de un à plusieurs fois le volume d'une pièce chaque heure pour obtenir une efficacité" précise Jean-François Doussin. 

D'autres systèmes visent à neutraliser le virus par les ultra-violets ou l'ozone. En laboratoire, ces deux processus sont parvenus à venir à bout du SARS-CoV -2. "Mais", avertit le chercheur du CNRS, "ils sont adéquats pour désinfecter des locaux mais surement pas adéquats en présence de public et surtout pas d'enfants car ils génèrent des produits secondaires dont l'impact sur la santé est, au mieux, pas connu ou au pire, négativement".

La technique d'ionisation, développée par la société française Teqoya s'appuie quant à elle sur la production d'ions négatifs par le purificateur. Envoyés dans l'air, ils vont, quand ils croisent un polluant ou une particule, le charger négativement. Ensuite, ces particules (dont le virus, précise l'entreprise sur son site) sont attirés par le sol qui est neutre. "Il faut ensuite nettoyer le sol" précise Isabelle Zhuo, chargée du marketing chez Teqoya. Il n'y a pas, selon elle, de risque d'aérosolisation du virus une fois déposé au sol car il adhère à la surface. Fabriqués dans la région bordelaise, ces appareils visent les particuliers même si "une salle de classe de 100 m² pourrait être purifiée avec deux appareils" selon Isabelle Zhuo. 

Dernière piste, dont l'avantage est l'absence de maintenance (pas de changement du filtre notamment), c'est la filtration par plasma froid. Elle "explose les membranes des virus ou bactéries" selon les fondateurs de la start up Air Serenity  qui l'exploite. Le système combine un système de filtration de l'air (avec filtre haute efficacité) et l'oxydation des particules grâce au plasma. Le plasma génère des oxydants par réaction chimique qui décomposent ensuite les molécules. "Sur les bactéries et les virus, les oxydants créés par un plasma froid qu'il s'agisse de l'ozone ou du peroxyde d'hydrogène sont susceptibles d'oxyder ou de les détruire. Cela fonctionne dans l'air" explique Antoine Rousseau, chercheur CNRS au Laboratoire de physique des plasmas à l'Ecole Polytechnique.  "L'avantage est que c'est une technologie facile à mettre en œuvre" selon le scientifique qui ajoute que des tests ont été menés en milieu hospitalier. Pour éviter la nocivité des oxydants, il faut toutefois qu'ils soient générés au plus près du filtre et les neutraliser ensuite (l'ozone est filtré) avant que l'air purifié soit renvoyé par l'appareil dans la pièce.  

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