Ou comment, en cherchant l’intelligence chez l’animal, on en vient à douter de celles des animaux humains... Récit d'un entretien avec le grand éthologue et biologiste hollandais…

Joyeux panda roux !
Joyeux panda roux ! © Getty / aaronchengtp photography

Frans de Waal était l’invité de Mathieu Vidard dans l’émission scientifique de France Inter, “la Tête au carré”. Provocateur, le chercheur estime que, contrairement à ce que l’on pense généralement, “les Américains acceptent plus le darwinisme que les Français”. Il ajoute même malicieusement :

En France, les animaux sont pour manger, surtout. Chaque animal est jugé d’abord par "comment il faut le préparer”.

Des animaux et des hommes

De façon plus générale, le chercheur met en exergue dans son travail combien les hommes peinent à se mettre dans la peau des autres animaux - et combien cela a ralenti la recherche dans notre connaissance de ce domaine scientifique particulier qu'est la connaissance des animaux.

Le chercheur constate que nous, les Hommes, avons trop tendance à juger les animaux sur des qualités humaines, sans doute parce que ce sont des formes d’intelligence que nous connaissons - et que nous reconnaissons.

Nous parlons peu des merveilles de l’écholocation, la capacité qu’ont les dauphins, les chauves-souris (mais pas les hommes !) à se repérer dans l’espace avec des ondes - mais nous sommes impressionnés par la capacité d’un animal à utiliser un langage, à apprendre à utiliser un outil…

Les neurones du poulpe se trouvent dans son cerveau - et aussi sur ses tentacules… Ce qui fait réagir Frans de Waal au micro de Patrick Cohen : “Est-ce que je suis plus intelligent qu'un poulpe ? je ne sais pas”. Il est tout simplement impossible de répondre à cette question car l’intelligence du poulpe est anatomiquement différente de la nôtre.

Il n'y a pas une mais plusieurs sortes d'intelligences

Frans de Waal :

Je ne vois pas ça comme une échelle, avec Dieu puis l'Homme en haut suivis par toutes les autres espèces, mais plutôt comme des branches qui vont dans toutes les directions avec des spécialisations partout.

De l’importance de la méthodologie en recherche…

Pendant longtemps, les chercheurs pensaient que les éléphants n'étaient pas capable d'utiliser des outils - l’expérience le prouvait ! On mettait un fruit en dehors de la cage ; près de celle-ci il y avait une branche que l’éléphant aurait pu utiliser avec sa branche pour l'atteindre. Mais l'éléphant ne réagissait pas, il n’était donc pas capable d’utiliser des outils.

Plus récemment, on a tenté une approche différente : le fruit a été posé en hauteur, avec, à quelques mètres de là, une boîte en bois. L’éléphant est allé la chercher et est monté dessus avec ses pattes avant pour attraper le fruit.
Résultat de l’expérience : l’éléphant PEUT utiliser des outils, simplement il ne veut pas se couper de son odorat en utilisant sa trompe pour prendre un outil. Autrement dit, la trompe n’est pas un cinquième bras.

Comment trouver des réponse ? Simple, pour Frans de Waal : il suffit de "regarder les animaux dans leur milieu et voir ce qu'il font".

Le prochain défi pour l'ethologue

Prochain défi pour le chercheur : les animaux ont-ils des émotions ? Sont-ils capables d’avoir un sens de justice ? de l’empathie ?

Pour les curieux, cela a fait l'objet d'une TED conférence en anglais ci-dessous (et en français ici)

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