Dans une enquête sur la sexualité des animaux, qui fait l'objet d'un livre aux Éditions Arthaud, Emmanuelle Pouydebat raconte des choses très étonnantes sur la diversité morphologique des organes génitaux ou bien sur les comportements sexuels de nos amis les bêtes.

Coccinelles
Coccinelles © Getty

Emmanuelle Pouydebat est Directrice de recherche au CNRS et au Muséum national d'Histoire naturelle. Elle est spécialiste de l'évolution des comportements. Lorsqu'on lui demande la chose la plus iconoclaste qu'elle ait rencontré dans le cadre de cette étude, sa réponse donne le ton :

Chez les mâles, c'est le pénis des pieuvres qui est détachable et qui repousse et chez les femelles, c'est le vagin des dauphins, qui est un labyrinthe à clapet pour bloquer le sperme indésirable. 

Emmanuelle Pouydebat étudie toutes sortes d'animaux, de l'éléphant à l'écrevisse en passant par les primates par lesquels elle a débuté. Des études qui se passent en milieu naturel, en parc zoologique ou en laboratoire. Tout dépend des questions scientifiques qui se posent.

Il existe donc une incroyable diversité d'organes et de comportements sexuels chez les animaux. 

"Ce n'est pas l'apanage de la sexualité. La diversité des comportements et de la morphologie est liée à des centaines de millions d'années d'évolution pendant lesquelles les animaux ont dû s'adapter pour survivre. Ce qui a donné lieu à une grande diversité de comportements et de morphologie. Les organes sexuels sont impliqués dans cette diversité. D'autant plus qu'il y a une forte compétition pour l'accès aux femelles pour s'accoupler et se reproduire, donc plus il y a de compétitions, plus il y a de diversité."

Dans ce domaine, on connaît mieux les organes génitaux masculins. Pourquoi a-t-on aussi peu d'information sur les organes génitaux féminins chez les animaux?

"À une époque, on a beaucoup plus étudié les mâles que les femelles. Pas seulement pour les organes génitaux ou les comportements sexuels, d'une manière générale, quelles que soient les comportements et les études anatomiques. C'est aussi parfois un problème de disponibilité des animaux pour les études. On fait parfois avec ce qu'on a et c'est parfois plus facile d'observer des mâles en plus grand nombre que des femelles. 

Mais c'est vrai qu'il y a un énorme effort à faire sur plein de questions scientifiques et en particulier cette question des organes génitaux, parce que si on ne connait pas les organes génitaux des femelles, on ne peut pas comprendre tous les principes de coévolution, c'est à dire comment le sexe mâle va évoluer en fonction du sexe des femelles et inversement. Donc c'est extrêmement dommageable d'un point de vue purement scientifique. "

Pénis géants, doubles, à crochets, mobiles, sonores, détachables, des clitoris pourvus d’os ou d’épines, des vagins stockeurs de sperme, à clapets ou en labyrinthe… Ses recherches ont permis à Emmanuelle Pouydebat des découvertes fascinantes, voire déconcertantes. Quelques exemples

Le pénis en gouttière du crocodile marin

J'ai pris l'exemple de ce crocodile parce qu'on peut avoir une idée effectivement du type de pénis en gouttière que pouvaient avoir les premiers animaux qui, à l'époque, étaient dans l'eau. Les pénis sont apparus d'abord dans l'eau, même si c'est la fécondation externe qui prévaut dans l'eau. Mais les premiers pénis, on peut imaginer qu'ils ressemblaient à ceux des crocodiles avec une érection permanente, mais qui est interne au corps et qui sort uniquement pour l'accouplement. 

Le pénis en tire-bouchon du canard

"Les canards, je les appelle les violeurs au tire-bouchon. Il n'y a environ que 3% des oiseaux qui ont un pénis. C'est un mystère évolutif qu'on essaye de comprendre dont les canards qui ont un pénis en tire-bouchon. Le canard dispose d'une érection explosive avec un pénis qui va dégénérer puis repousser pour de nouveau s'accoupler et "en retour", avec des millions de guillemets, les femelles ont développé des vagins qui sont sinueux, qui sont parfois opposés à la torsion du sexe du mâle. Elles ont aussi développé des stratégies pour limiter les accouplements ou en tout cas la fécondation avec les mâles qu'elles ne souhaitent pas puisqu'elles ont des clapets qui vont aussi bloquer le sperme non désiré." 

L'éléphant, le recordman

"En termes de longueur, on fait difficilement mieux, sauf en termes de longueur par rapport à la taille. Là, il y a des records chez des petits crustacés. Pour l'éléphant, ça peut être plus d'1m50. Mais ce qui est assez fascinant et qu'on sait beaucoup moins, c'est que la femelle éléphant a un appareil génital qui est éloigné à peu près d'un mètre trente de l'orifice extérieur. C'est un caractère qui est probablement un héritage d'un ancêtre marin qui lui permettait d'empêcher l'eau de rentrer dans le corps. Ces adaptations chez les éléphants sont assez impressionnantes." 

Le pénis à épine de la bruche

"Il faut quand même reconnaître que chez les insectes, il y a pas mal d'horreurs en termes de vision humaine bien sûr. La bruche, c'est un petit insecte, c'est un petit coléoptère, relativement proche des coccinelles et des scarabées. Le mâle a un pénis extrêmement épineux pour transpercer la femelle. C'est bourré d'épines. Ça permet d'accrocher la femelle pour qu'elle ne s'en aille pas. L'idée du mâle c'est de détruire légèrement l'appareil génital de la femelle pour pas qu'elle s'accouple après lui."

La batelier d'eau, le plus bruyant

"Le batelier d'eau fait partie de la famille des punaises. Chez les punaises, il y a énormément d'exemples assez hallucinants en termes d'organes sexuels. En tout cas, c'est un petit insecte qui a un pénis chantant. En gros, il va frotter son pénis contre son abdomen. Ça va quand même produire à peu près 100 décibels. C'est à peu près un orchestre au premier rang. "

Et le plaisir dans tout ça ?

"Le plaisir n'est pas l'apanage des humains. Il peut y avoir du plaisir sans reproduction dans le monde animal, que ce soit au travers la masturbation, cunnilingus, fellation. La fellation, c'est pratiqué par pas mal de bestioles. Chez les chauves souris, chez les grands singes et ça existe même chez les araignées. Ce n'est pas du tout une spécificité humaine.

On ne peut pas étudier toutes les réactions physiologiques des espèces pendant qu'elles s'accouplent, mais il y a des modèles qui ont été étudiés, dont par exemple le rat, qui montre très clairement qu'il y a les mêmes réactions physiologiques que chez l'homme pendant l'orgasme, avec par exemple, une augmentation de la fréquence cardiaque, des contractions utérines. On ne peut pas les entendre comme nous parce que c'est dans le domaine des ultrasons. Mais vous allez avoir des afflux sanguin. Vous allez voir même une libération d'endorphines et d'opioïdes qui sont vraiment des signes de bien être, de satisfaction, d'euphorie, etc. "

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