Les équipes de l'IHU de Marseille dénoncent les falsifications de Didier Raoult lors des recherches sur l’hydroxychloroquine, révèle Mediapart ce vendredi. Des chercheurs accusent le professeur d'avoir falsifié des résultats de tests PCR pour conclure à l'efficacité du produit pour traiter le Covid-19.

Didier Raoult est directeur de l'Institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection (IHU) à Marseille [photo d'illustration].
Didier Raoult est directeur de l'Institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection (IHU) à Marseille [photo d'illustration]. © AFP / Christophe SIMON

Des données falsifiées, un mépris de l'éthique scientifique et un climat de terreur. C'est ce qui ressort des révélations de Mediapart au sujet des pratiques du professeur Didier Raoult à l'Institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection (IHU) de Marseille.

Les auditions de dix collaborateurs de Raoult

Les journalistes ont pu consulter le compte-rendu des auditions de plus de dix collaborateurs de Didier Raoult réalisées en octobre par l’université d’Aix-Marseille, l’Assistance publique-hôpitaux de Marseille (AP-HM), l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et l’Inserm. Il ressort de ces entretiens un malaise des médecins, assistants et biologistes qui travaillaient avec le professeur. Ils dénoncent "des pratiques scientifiques et éthiques regrettables", cite Mediapart, et la falsification de résultats biologiques afin de démontrer l’efficacité de l’hydroxychloroquine pour lutter contre le Covid-19.

"Les résultats présentés doivent correspondre aux hypothèses faites par Didier Raoult."

D'après les témoignages, lors d'une étude comparant des patients de l’IHU prenant le traitement et des patients du CHU de Nice ne le prenant pas, les résultats des tests PCR ont été biaisés. "Les résultats 'n’allant pas dans le sens de Didier Raoult', le seuil de positivité des tests PCR a été modifié rendant ainsi négatifs un plus grand nombre de résultats pour les patients suivis à Marseille et permettant, de la sorte, de conclure à l’effet bénéfique de l’hydroxychloroquine", écrivent les journalistes. Ainsi, un patient présentant une certaine valeur était déclaré négatif à Marseille mais positif à Nice. "Les deux groupes de patients ont donc été analysés avec des critères différents pour permettre de conclure faussement à l’efficacité de la molécule." 

Pour avoir les mains libres, le professeur Didier Raoult avait même mis en place "un logiciel pour automatiser la déclaration des résultats dans le logiciel de l’AP-HM, sans validation préalable par les médecins biologistes", révèle Mediapart. "Les résultats présentés doivent correspondre aux hypothèses faites par Didier Raoult. Dans le cas contraire, les personnes concernées peuvent être dévalorisées publiquement avec mise en doute de leurs compétences", est-il indiqué dans le rapport.

Des intimidations à répétition

Des réserves ont bien été émises, dès le début des travaux, mais au sein de cet institut où règne le professeur Raoult, toute critique est exclue, selon les témoignages. 

À ce verrouillage en interne s'ajoute des insultes et des menaces, le pic ayant eu lieu en septembre, lorsque le nouveau directeur de l’AP-HM, François Crémieux, entame un bras de fer avec le professeur. Un climat qui a contraint les salariés à témoigner tardivement, et anonymement. Certains expriment de plus "un sentiment d'abandon" de la part de leurs universités et instituts de référence.

Le mois dernier, Mediapart et L'Express avaient déjà publié des articles relatant un mépris de l'éthique scientifique et de la loi lors de dizaines d'études.

Le professeur Didier Raoult a été auditionné le 5 novembre dernier devant la chambre disciplinaire de l'Ordre des médecins de Nouvelle-Aquitaine (audience dépaysée loin de Marseille). Il est accusé d'avoir enfreint le code de déontologie médicale en promouvant l'hydroxychloroquine contre le Covid-19. À l'automne 2020, le conseil départemental de l'Ordre des médecins des Bouches-du-Rhône avait engagé des poursuites contre lui. Le Conseil national de l'Ordre des médecins (Cnom) s'était associé à ces poursuites en déposant à son tour une plainte fin décembre. La décision sera prononcée le 3 décembre.