80 chercheurs ont étudié la physiologie des deux seuls vrais jumeaux astronautes : les frères Kelly, avant, pendant et après leurs missions dans l'ISS, d'où les organismes ne sortent pas indemnes. L'ancien astronaute à l'Agence spatiale européenne et PDG de Novespace, nous explique a quoi vont servir ces recherches.

Pour l'astronaute Jean-François Clervoy, le capital génétique pourrait désormais compter pour sélectionner les futurs équipages.
Pour l'astronaute Jean-François Clervoy, le capital génétique pourrait désormais compter pour sélectionner les futurs équipages. © AFP / Jean-Pierre MULLER

FRANCE INTER : Quel est l’intérêt de cette étude selon vous ? 

Jean-François Clervoy : "L’intérêt c'est d'avoir deux vrais jumeaux, ce qui a permis de comparer les gènes après des vols de durée différente. On sait que ce que subit le corps humain est plus spectaculaire sur les vols de longue durée. Les muscles, les os, le système urinaire, digestif, le flux sanguin, le sens de l'équilibre, la vision et le système immunitaire sont affectés parfois à l’extrême."

Que pensez-vous, six mois après le retour sur terre, de la baisse des facultés cognitives ? 

"C'est assez subjectif. On l'observe parfois en vol chez certains membres d'équipages, des astronautes vétérans. Entre nous, on appelle ça la 'viscosité mentale'. C'est une lenteur soudaine du cerveau. Ce terme n'est publié nulle part car c'est un secret propre à notre communauté. Personne n'ose en parler quand on en a été victime. Pour Scott, je pense que c'est un contre-coup, d'abord d'un entrainement intense pendant de longues années, puis du vol. On vous demande d'être concentré à un très haut niveau. Ensuite il y a un relâchement. Prenez un élève ingénieur qui a travaillé d'arrache pied pour passer les concours de Polytechnique et de Centrale. Serait-il capable, à 40 ans, de retravailler avec le même niveau de performances cognitives ? Je ne mettrai pas ce résultat sur le compte d'un vol de longue durée mais sur le fait que Scott n'est plus pilote de chasse à qui l'on confie une machine ultra performante et des exigences opérationnelles. Donc il se relâche un peu. Quand on vous fait faire des tests cognitifs, si c'est pour une sélection d'astronautes, on va donner le meilleur de soi-même. Si c'est dans le cadre d'une étude pour voir votre état de santé, c'est moins motivant." 

Ces modifications génétiques peuvent-elles avoir un impact pour les missions plus lointaines ? 

"Oui, je pense même que l'on va introduire, dans les critères de sélection, des critères génétiques. Car on s'est rendu compte que pour la perte de densité osseuse, on n'est pas égaux. Certains, après quatre vols n'ont rien perdu. D'autres après un vol de six mois ont perdu 20% de cette densité. Idem pour la résistance aux radiations. Il reste encore beaucoup à faire pour étudier le profil idéal sur le plan physiologique, intellectuel et psychologique des candidats idéaux qui pourront restés confinés, dans la durée et en apesanteur."

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