40 ans de recherches sur l’agriculture bio sont synthétisées dans un article paru la semaine dernière dans la revue [Nature Plants](http://cahnrs.wsu.edu/news-release/2016/02/03/organic-agriculture-is-key-to-feeding-the-world-sustainably/ ). On apprend ainsi qu’elle pourrait subvenir aux besoins de toute la planète.

Le mode de l’agriculture bio serait donc viable et pour en parler dans "La Tête au Carré" avec Mathieu Vidard et Axel Villard : Hervé Kempf de reporterre.net, et Eve Fouilleux, directrice de recherche au CNRS, spécialiste des questions de politique alimentaire.

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agriculture biologique-planète © corbis / Volker Möhrke

Tout d'abord parce qu'il marque désormais la défense de l’agriculture biologique par des chercheurs

Ensuite, cet article de John Renagold et Jonathan Vachter est un travail d’analyse sur des centaines de publications scientifiques. Ils les ont comparé sur 4 paramètres : production agricole, effets sur l’environnement, gain économique et bien-être. Et le résultat est que les effets sont positifs sur ces 4 variables.

L’agriculture bio a encore un rendement inférieur (8 à 25 % selon les plantes) mais sur tous les autres critères, elle a des effets favorables. Les gains économiques sont par exemple plus intéressants parce que cultiver bio crée de l’emploi d'après Hervé Kempf. Concernant le bien-être, il est évident que les consommateurs ont une nourriture améliorée mais surtout les travailleurs sont moins exposés aux pesticides.

Le premier reproche fait à l’agriculture bio c’est le mauvais rendement.

Selon Eve Fouilleux, si on calcule un rendement sur un seul produit, évidemment les résultats du bio ne sont pas bons. Par exemple, lorsque l’on compare le rendement sur le blé, la comparaison n’est pas viable puisqu’il a été mis au point pour être cultivé uniquement avec des pesticides, donc pour l’agriculture traditionnelle. Pour véritablement connaître le rendement de l’agriculture bio il faut réaliser les études sur des semences qui sont pensées pour elle.

Un autre dimension à prendre en compte dans le calcul du rendement c’est qu’en agriculture bio, on a par définition une association de cultures, d’activités agricoles. On doit donc calculer des rendements cumulés. En maraîchage, on peut avoir des rendements beaucoup plus importants qu’en agriculture traditionnelle.

A terme, manger uniquement bio à l’échelle du globe signifierait manger moins de viande.

La question est récurrente et concerne notamment la surface cultivable. En effet pour avoir plus de rendement sur l’agriculture bio, il faudrait augmenter les surfaces de culture. Ce qui signifierait sacrifier des surfaces utilisées pour l’alimentation animale de production intensive. Quand on regarde bien ce qui est produit actuellement, beaucoup de superficies sont utilisées pour l’alimentation animale (par ex : la culture du soja en Amérique du sud pour nourrir le bétail et qui pose par ailleurs beaucoup de problèmes environnementaux). On pourrait donc envisager de les transformer pour faire de l’alimentation pour les êtres humains toujours selon Eve Fouilleux.

Les recherches sont-elles suffisantes sur l’agriculture bio ?

Même si en Europe, les recherches sont plus nombreuses qu’aux Etats-Unis, elles restent un domaine marginal. Par exemple, le budget de l’INRA dédié au bio est de 200 000 € (hors masse salariale) sur les 135 millions de budget annuel.

Les budgets des grandes firmes de la chimie sont par ailleurs faramineux (BASF : 1.88 milliards de $ - Monsanto : 1.827 milliards de $). La disparité en termes d’efforts de recherches sur l’agriculture bio est donc évidemment encore trop grande.

La Une de la Science avec Hervé Kempf et Eve Fouilleux :

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