Alors qu'ils avaient équipé des albatros de balises pour connaître leur comportement alimentaire, des chercheurs français ont découvert que les informations recueillies pouvaient servir à pister les pêcheries illégales dans l'océan austral. Une campagne visant à poser 140 balises vient de commencer.

Henri Weimerskirch étudiant un albatros de 50 ans sur l'archipel de Crozet
Henri Weimerskirch étudiant un albatros de 50 ans sur l'archipel de Crozet © Henri WEIMERSKIRCH / CEBC / CNRS Photothèque

Les albatros sont des géants des mers infatigables, capables de voler jusqu'à 20 000 km sans se poser. Pour mieux les étudier, Henri Weimerskirch, chercheur au centre d'études biologiques de Chizé du CNRS a mis au point une balise plus performante que la classique balise Argos. Centurion (c'est son nom) permet, grâce au signal radar, de suivre en temps réel les oiseaux, sans avoir à attendre leur retour à terre. Incidemment, parce que les oiseaux ont l'habitude de suivre les bateaux, ces balises ont montré qu'il était possible de localiser les bateaux de pêche.

Or, lors d'une première phase d'étude (la preuve de concept, financée dans le cadre du programme European Research Council) les données récupérées en continu ont révélé que "la moitié des bateaux détectés n'avaient pas leur système de localisation AIS enclenché, et certains pêchaient dans la ZEE (zone économique exclusive), sans autorisation", explique Henri Weimerskirch. Grâce aux albatros, il devient donc possible de localiser les bateaux illégaux, comme ceux qui ne se signalent pas.

Les Albatros permettent de localiser les bateaux illégaux
Les Albatros permettent de localiser les bateaux illégaux / Henri WEIMERSKIRCH / CEBC / CNRS Photothèque

Des gardes-pêche inattendus

Cette information a fait des albatros des gardes-pêche inattendus : dans l'archipel de Crozet, 80 % des bateaux ont pu être détectés grâce à ce système Centurion. Une campagne a lieu actuellement pour équiper les oiseaux (adultes et juvéniles) de 140 nouvelles balises. Pour les juvéniles, déjà tous équipés, cela va permettre de suivre en temps quasi réel leur parcours de vol. Les informations sont capitales pour compléter l'étude du comportement de ces oiseaux. Les jeunes sont mal étudiés. S'ils ont l'habitude de suivre les bateaux, les chercheurs ne savent pas si c'est un comportement inné ou appris. "Nous allons connaître la quantité d'interactions de ces albatros avec les pêcheries".

Mieux connaître pour protéger

C'est d'autant plus important que les albatros sont attirés par les appâts des bateaux. Ils mangent les calmars et petits poissons qui sont utilisés comme appât pour le thon ou la légine, mais si l'hameçon reste trop longtemps en surface, les albatros se font piéger et meurent noyés. En 2000, 40 000 mourraient ainsi chaque année. Il a donc été décidé de déployer des lignes de nuit ainsi que le lestage des hameçons, afin qu'ils s'enfoncent plus vite en mer. La mortalité sur l'archipel de Crozet a drastiquement baissé mais les chercheurs restent attentifs au devenir des juvéniles. L'albatros est une espèce fragile parce qu'elle se reproduit lentement. 

Testé à l'autre bout du monde

La phase opérationnelle ayant fait ses preuves, ce suivi des navires par oiseaux interposés commence à être testé en Nouvelle-Zélande et bientôt à Hawaï. Au total, les oiseaux équipés permettront de surveiller une zone de 25 millions de kilomètres carrés.

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