Après avoir prélevé à deux reprises de la poussière du sol de l'astéroïde Ryugu en 2019, la sonde japonaise Hayabusa 2 a largué son précieux chargement. Il doit atterrir dans une base militaire australienne ce samedi 5 décembre. Un succès total pour cette mission.

l'astéroïde Ruygu photographié par la sonde Hayabusa 2
l'astéroïde Ruygu photographié par la sonde Hayabusa 2 © JAXA

"Si les kangourous ne la trouvent pas, on aura gagné !" D'une boutade, Patrick Michel, astronome à l'Observatoire de la Côté d'Azur et spécialiste des astéroïdes, qualifie déjà de "jackpot" la mission Hayabusa 2. À 340 millions de kilomètres de la Terre, cette mission de la JAXA (Japan Aerospace Exploration Agency) a réalisé un sans-faute depuis son lancement il y a 6 ans, quasiment jour pour jour (le 3 décembre 2014).

Après avoir tourné autour du petit corps céleste pour le photographier sous toutes les coutures et évaluer sa surface et la nature du sol, deux prélèvements ont été programmés et réalisés. En février, puis en juillet 2019, la sonde  a collecté de la poussière qu'elle a déposé dans deux containers distincts. Le deuxième pourrait être de nature géologique différente car il provient d'un cratère, soit quelques centimètres sous la surface. "On découvre une diversité  géologique incroyable sur un même corps" s'enthousiasme Patrick Michel, pour qui "il y a beaucoup de choses qu'on ne comprend pas".

Préserver le conteneur de toute pollution

Le précieux chargement a été largué il y a quelques jours et son entrée dans l'atmosphère à 11km/s s'achèvera samedi sous parachute dans le nord de l'Australie, sur une base militaire. Comme pour la précédente mission, Hayabusa 1, les équipes de la JAXA auront quelques heures pour localiser la capsule, pas plus grosse qu'une boite à chaussures. Il n'est pas prévu de l'ouvrir sur place afin de ne pas la polluer. Les japonais l'emporteront directement au Centre de conservation des échantillons extraterrestres à Sagamihara où les analyses auront lieu.

Comme d'habitude pour la matière extraterrestre, l'essentiel sera conservée pour les générations futures. "70% gardées pour l'héritage, afin que l'on puisse continuer les analyses avec des techniques toujours plus poussées", précise Patrick Michel. La NASA en obtiendra 0,5%. La France, dont la communauté de cosmochimistes bénéficie d'une réputation mondiale, se tient prête à répondre à un appel d'offre scientifique ; le Centre de Recherches Pétrographiques et Géochimiques CRPG à Nancy en particulier. Pour Hayabusa 1, la spécialiste du CRPG Evelyn Füri avait reçu trois grains à des fins d'analyse.

La surface de Ryugu
La surface de Ryugu / JAXA

0,1g pour la NASA

La JAXA espère avoir récolté 100 milligrammes, mais la collecte s'est tellement bien passée, que Patrick Michel parie qu'il y en aura 1 gramme. L'astéroïde Ryugu s'apparente à distance à une chondrite carbonée, une espèce rare de météorites qu'on retrouve sur Terre. Mais contrairement aux météorites, l'astéroïde n'a pas subi la traversée de l'atmosphère et n'a pas été chimiquement transformé par ce voyage. C'est donc de la matière primitive que les scientifiques vont avoir à disposition.

Cette matière plus ou moins âgée d'un milliard d'années va servir à trois objectifs : vérifier la ressemblance avec les chondrites carbonées conservées dans les laboratoires de minéralogie, approfondir les connaissances sur la création du système solaire (analyser la matière permet de remonter le temps et de reconstituer l'histoire des 4.5 milliards d'années passées et éclairer les chercheurs sur le rôle de ces objets primitifs dans l'apparition de la vie sur Terre). Une des thèses couramment défendue est que si la vie existe aujourd'hui sur terre, c'est qu'elle a en partie été favorisée par l'apport de composés organiques et d'eau transportés par les astéroïdes et comètes. 

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