Chez certaines espèces tropicales, l'écorce autant que le bois permet aux arbres de se tenir droit. Elle joue à la fois le rôle de squelette et de muscle, ajustant en permanence la posture verticale des arbres. Cette contrainte mécanique a été découverte par une équipe du CNRS et du CIRAD en Guyane.

Les arbres perchés subissent des forces contraires
Les arbres perchés subissent des forces contraires © Maxppp / AltoPress / Yves Regaldi

Les chercheurs se sont peu intéressés jusqu'ici au rôle de l'écorce dans la croissance des arbres. Peut-être parce que la valeur économique est presque est toute entière contenue dans le bois.

En répondant à la question "mais comment les arbres tiennent-ils droit", ils ont découvert que certains bois justement n'avaient pas la capacité de contrer la gravité. Ils ont donc cherché à savoir si l'écorce pouvait jouer ce rôle. 

Et en effet, l'écorce, outre qu'elle sert de squelette à l'arbre, peut aussi, chez certaines espèces, agir comme un muscle... Un muscle qui contrôlerait la posture en permanence, un peu comme chez l'homme qui veut rester debout. Et dans le muscle, ce sont les fibres entrecroisées qui sont déterminantes, ont découvert les scientifiques du laboratoire ECOFOG en Guyane, auquel appartient Bruno Clair, directeur de chercheur CNRS : "Dans l'écorce les fibres sont organisées comme un treillis de jardin, ces treillis qu'on utilise pour les plantes grimpantes" explique t-il. "Quand on déforme latéralement à droite et à gauche, cela entraîne une grande déformation haut/bas. C'est cela qui se passe dans l'écorce" ajoute-il.  

coupe anatomique d'un jeune arbre tuteuré et artificiellement incliné. L'écorce est plus développée sur la face supérieure avec les faisceaux en treillis de fibres
coupe anatomique d'un jeune arbre tuteuré et artificiellement incliné. L'écorce est plus développée sur la face supérieure avec les faisceaux en treillis de fibres / jonathan Prunier/ CNRS/laboratoire ECOFOG

Dans l'expérience, les scientifiques ont tuteuré des arbres de Guyane (neuf espèces sont concernées au final par le mécanisme) de travers pour vérifier leur hypothèse. Dans la tige de ces arbres se développent alors des forces qui entraînent une courbure de la tige quand le tuteur est supprimé. Mais chez certaines espèces, quand l'écorce de la tige est enlevée, la courbure est annulée, ce qui démontre que c'est l'écorce qui joue le rôle de "muscle". 

Dans la nature, il y a fort à parier que pour certains arbres penchés, sous l'effet du vent, on verrait très bien ces forces contraires à l'oeuvre si on coupait l'arbre. Les muscles qui tirent l'arbre vers le haut pour lui rendre sa gravité quand le vent le couche, sont plus développés que ceux situés de l'autre côté. Le résultat, c'est que la croissance est asymétrique .

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