C'est une première mondiale. La Chine a réussi ce jeudi l'alunissage inédit d'un engin sur la face cachée de la Lune, un événement historique qui renforce les ambitions spatiales de Pékin. Les explications de Sophie Bécherel.

 Une des photos prises par Chang'e-4
Une des photos prises par Chang'e-4 © AFP / China National Space Administration

Pourquoi aucune autre puissance spatiale n'est-elle allée sur la face cachée ?

La Lune a été cartographiée de façon globale grâce à des satellites. Pendant la guerre froide, Russes et Américains ont rivalisé, pour réaliser des premières. Puis le programme Apollo (1961 à 1975) a permis de poser un premier homme sur la Lune. On fêtera le 50e anniversaire de cet événement le 21 juillet prochain. Ensuite, grâce à cinq autres missions, il a été possible de rapporter 380 kilos de roches lunaires sur terre, de rouler grâce aux rovers et d'effectuer une batterie d'expériences scientifiques. 

À la suite de cet exploit, l'intérêt pour la Lune a décru pour se porter sur d'autres objectifs plus lointains (autres planètes, comètes, soleil etc...). L'analyse des échantillons a occupé plusieurs équipes et conduit à comprendre que la Lune avait connu un grand bombardement tardif. Une période postérieure de 600 à 700 millions d'années à la formation des planètes du système solaire, au cours de laquelle notre satellite a été bombardé de météorites et de comètes, ce qui a conduit à la création de nombreux cratères. Le retour d'échantillons de la face cachée permettrait d'ailleurs d'expliquer certains détails permettant d'éclairer cet épisode qu'a connu la Lune.

Quand dans les années 2000, l'intérêt pour la Lune revient, les agences spatiales veulent être originales. C'est le cas de l'Agence spatiale européenne qui met au point une petite sonde SMART 1, destinée à se mettre en orbite autour de notre satellite. Pas tant pour des objectifs scientifiques que technologiques. Il s'agit de montrer qu'on peut utiliser une propulsion 100% électrique. C'est un succès.

Ensuite, les "petits pays" (Japon, Chine, Inde) envoient des sondes mais dans une quasi indifférence, car le public a le sentiment que tout a été dit sur la Lune. Pourtant, la proximité de notre satellite rend les missions moins difficiles. 

Aujourd'hui, c'est parce qu'elle met sur le devant de la scène la Chine et ses compétences récemment acquises qu'on parle beaucoup de Chang'e 4. Ses objectifs scientifiques restent limités. 

L'exploit a t-il une portée autre que symbolique ?

Parce que la sonde s'est posée dans un endroit inconnu (le bassin d'Aitken), il n'est pas exclu qu'on découvre de nouvelles informations. Les instruments ne sont pas de très haute technologie et les expériences menées ne sont pas révolutionnaires. En revanche, parce que ce coté caché de la Lune est exempt de perturbations liées aux ondes électromagnétiques de la Terre, il ouvre une fenêtre d'observation sur le ciel estime Francis Rocard astrophysicien au CNES. L'observation en ondes radio des étoiles sera non polluée par les émissions humaines. Ainsi, il se peut que des images d'objets célestes laissent percevoir des détails jusque là impossible à capter en radio astronomie.

Le 8 décembre 2018 une fusée Long March 3B transportant le rover lunaire Chang'e-4 décolle du centre de lancement de Xichang à Xichang dans la province du Sichuan, au sud-ouest de la Chine
Le 8 décembre 2018 une fusée Long March 3B transportant le rover lunaire Chang'e-4 décolle du centre de lancement de Xichang à Xichang dans la province du Sichuan, au sud-ouest de la Chine © AFP / STR

Que dit ce succès de la politique spatiale chinoise ?

Avec ce succès, le public découvre la méthode chinoise. Le programme spatial, avec son volet d'exploration robotique et de vols habités, a été défini par le gouvernement et suit son cours de façon implacable. L'absence d'alternance politique lui confère une constance dans le temps. Un à un, les objectifs sont remplis. La Chine, isolée sur le plan international, n'avait pas d'autres choix que de rattraper son retard seule. Elle a donc profité de briques technologiques russes, a beaucoup copié et consciencieusement avancé. Il y a peu d'originalité dans ses missions (exceptée Chang'e 4) mais une constance. Dès la fin de l'année, un retour d'échantillons lunaires est prévu puis une mission vers Mars en 2020 et la mise en route de la nouvelle station orbitale en 2022. La Chine a formé ses propres astronautes, 'les taïkonautes', et a cherché à en faire un objet de fierté nationale. 

La maîtrise de ces technologies et la montée en puissance des lanceurs chinois mettent Pékin en ce début d'année 2019 dans le club très fermé des grandes puissances spatiales.

La Chine a réalisé 30% des lancements mondiaux en 2018. Elle a procédé à 39 lancements de fusées Longue Marche contre 31 pour les Américains.

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