Haffner Energy va être récompensée pour ses innovations dans le domaine de la production d'hydrogène. La société française développe une unité de production d'hydrogène à partir de biomasse, qui pourrait bien révolutionner le monde de l'énergie et stopper notre dépendance aux énergies fossiles.

À terme, la technologie devrait permettre de se passer des énergies fossiles
À terme, la technologie devrait permettre de se passer des énergies fossiles © Getty / GIPhotoStock

C'est un projet qui risque de faire couler beaucoup d'encre dans les années à venir. Il est donc logique qu'il soit récompensé lors des Assises européennes de la transition énergétique de Dunkerque, sous l'égide de l'Ademe, l'Agence pour l'environnement. La société Haffner Energy va recevoir l'un des premiers "Prix des hydrogénies" qui récompense les innovations dans le domaine de la production d'hydrogène. Basée à Vitry-le-François dans la Marne, la société développe une unité de production d'hydrogène à partir de biomasse, projet révolutionnaire d'un point de vue écologique, économique et qui pourrait enfin permettre de se passer du pétrole.

Un chaînon manquant de la transition énergétique

"On peut vraiment parler d'alignement de planètes, explique avec fierté Philippe Haffner, président d'Haffner Energy, il y a deux ans, on n'avait pas du tout un contexte favorable comme aujourd'hui. On a à la fois la technologie pour utiliser de l'hydrogène, la volonté politique et la nécessité pour l'environnement. L'hydrogène est le seul vecteur énergétique qui constitue le chaînon manquant de la transition énergétique."

Privilégier la biomasse pour produire de l'hydrogène au lieu de l'électrolyse (technique énergivore), c'est d'abord écologiquement intéressant. "On utilise de la biomasse, c'est à dire de la matière organique végétale ou animale. Quand on parle de biomasse, on pense tout de suite à bois. Mais ça englobe beaucoup de choses en réalité, le bois ne représente que 20% du total", précise Philippe Haffner. On peut donc utiliser des déchets verts, mais aussi du lisier de porc, des fientes de volailles, des pailles de céréales et même des ordures ménagères organiques, c'est à dire nos déchets alimentaires de cuisine. Idéal puisque ce gisement est plus important que la quantité de pétrole qu'on importe en France. 

Un coût équivalent aux énergies fossiles

En soi, la technique n'est pas nouvelle, mais elle était jusqu'ici mal maîtrisée. Le projet Hynoca développé par Haffner Energy améliore de façon considérable ses résultats. L'hydrogène produit est compétitif. Philippe Haffner précise : "On va pouvoir diviser par trois le coût de l'hydrogène grâce au faible coût de la biomasse. Au delà de 2025, nous avons un objectif de prix à la pompe de l'ordre de 3 euros du kilo, ce qui représente un coût équivalent au diesel détaxé." Si on tient compte du fait qu'on fait le plein d'une voiture à hydrogène aussi rapidement qu'une voiture à essence, l'utilisateur s'y retrouve et ne change rien à ses habitudes.

Le bois ne représenterait que 20% de la matière utilisée comme biomasse
Le bois ne représenterait que 20% de la matière utilisée comme biomasse © AFP / MIGUEL RIOPA

Une énergie donc concurrentielle vis à vis des énergies fossiles, et complémentaire de l'électrique à batterie, dont l'utilisation est "parfaite pour une utilisation locale". L'hydrogène, permettrait les long trajets, et servirait donc particulièrement aux poids lourds, cars de tourisme, trains et bateaux. Selon Philippe Haffner, la mobilité électrique pourrait ainsi dans quelques années devenir totalement décarbonée, une moitié assurée par des batteries, et l’autre moitié par de l’hydrogène. On peut aussi imaginer les deux technologies sur un même véhicule afin d'améliorer les performances d'autonomies.

Le problème de "l’œuf et la poule"

Reste un problème de taille : le développement de véhicules, de stations et d'unités de production sur tout le territoire. Un problème dont la solution est politique et économique. Sur ce dernier aspect, Hynoca semble permettre de sortir du problème dit de "l’œuf et la poule" : sans véhicules à hydrogène, pas de stations pour se ravitailler, et sans stations pas de véhicules. Un vrai coût financier, un risque pour tout industriel, et un problème insurmontable jusqu'ici.  

"On rend possible l'amortissement financier des stations sans avoir besoin de recourir à la puissance publique et sans avoir besoin de l'usage de l'hydrogène déjà installé", explique Philippe Haffner. En clair, rendre rentables les unités de production d'hydrogène avant même le déploiement massif de parcs de véhicules et sans que l'Etat ne soit obligé de financer. Grâce au même processus technique, on peut choisir de produire de l'hydrogène, mais aussi un syngaz (gaz de synthèse), destiné à d'autres usages et qu'on pourrait par exemple "vendre, à un coût comparable à celui du gaz naturel, pour chauffer un réseau de chaleur urbain ou pour des besoins industriels."

On va aussi pouvoir avoir un co-produit appelé "biochar, du carbone pur qui intéresse beaucoup l'agriculture comme les énergéticiens en remplacement du charbon. C'est en fait un charbon organique renouvelable." Les solutions sont donc multiples et les utilisations nombreuses. Et le dirigeant d'ajouter : "on se rend compte aujourd'hui que le réchauffement climatique est plus sérieux que ce qu'on a anticipé et qu'il va peut-être falloir aller plus vite que prévu. La crise des gilets jaunes nous montre qu'on a peu de marge de manœuvre. On ne peut pas demander plus aux citoyens et on ne peut pas ne rien faire. En réalité, avec l'hydrogène, techniquement et économiquement, on peut le faire."

Avec 2000 stations, on pourrait satisfaire 30% de la mobilité, estime Haffner Energy
Avec 2000 stations, on pourrait satisfaire 30% de la mobilité, estime Haffner Energy © AFP / HERWIG VERGULT

Deux projets concrets d'ici 2021

Haffner Energy estime qu'en déployant dans un premier temps 2000 stations sur le territoire, on pourrait satisfaire 30% de la mobilité, et créer 100 000 emplois. La technologie peut être vendue soit à des collectivités, soit à des énergéticiens comme Total, Shell ou Engie, soit à la grande distribution qui distribue déjà des carburants. A ce jour, deux projets vont se concrétiser, avec mise en service/phase d'essais en 2020 et commercialisation en 2021. A Vitry-le-François dans la Marne où se trouve l'entreprise, et à Strasbourg. Elle pourront alimenter respectivement 260 et 1080 véhicules. À Strasbourg, environ 50% de l’hydrogène produit devrait être injecté dans le réseau de gaz naturel. 

Et ce n'est qu'un début. "La Californie et certains pays scandinaves sont très intéressés. La France n’est pas forcément le pays où l’écosystème est le plus favorable. Il faut de la volonté politique", concède Philippe Haffner. Il ajoute : "je vais lancer un défi au gouvernement et à M. Macron : on peut imaginer, si une décision politique forte est prise et sans que cela ne coûte cher à l'Etat, mettre en place des dispositifs réglementaires et législatifs qui permettent de faire que la France soit décarbonée ou quasiment dès 2035, donc bien plus vite que ce qui avait été anticipé auparavant avec le plan de Nicolas Hulot."

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