Avec le début, le 11 mai prochain, du déconfinement, plusieurs questions se posent, dont celle du dépistage massif. Mais qui tester et comment ? La solution passe par les tests sérologiques, pour identifier qui a été en contact avec le virus... Le problème, c'est qu'on ne sait pas encore totalement ce que ça implique.

Cliente d'un supermarché portant un masque en raison du coronavirus et en période de confinement
Cliente d'un supermarché portant un masque en raison du coronavirus et en période de confinement © Radio France / Olivier Duc

"Tester tous les français n'aurait pas de sens", soulignent Emmanuel Macron et son ministre de la Santé Olivier Véran. Les tests de diagnostic ne sont en effet valables qu'à l'instant T : vous pouvez très bien être négatif un jour, et positif le lendemain.

Mais quid des tests sérologiques, qui permettent de déterminer si un individu a été en contact avec le virus et s'il est donc immunisé ? Reprendre une vie normale ne présenterait alors aucun danger pour soi-même et pour les autres.

C'est l'idée la plus couramment répandue... Sauf que, comme l'a rappelé mercredi le président du conseil scientifique Jean-François Delfraissy, on n'est encore sûr de rien à ce stade.

Des études asiatiques ont ainsi rapporté des cas de recontamination sur des patients guéris, ce qui pose question. Il est vrai aussi qu’on manque de recul, ce qui est normal pour une maladie qu’on a découverte il y a seulement quatre mois…

Comme l'expliquait notamment sur France Inter le professeur Antoine Flahault, "Tout est possible avec un nouveau virus, puisque par définition on ne sait pas comment il se comporte", même s'il estime également que la possibilité qu'on puisse retomber malade peu de temps après avoir été guéri serait "très étonnante" : "Qu’il y ait des infections ultérieures, dans quelques années, pourquoi pas, mais dans les semaines qui ont suivi, non. [...] La grande probabilité c’est que [les cas signalés] étaient des erreurs de tests au départ."

Des anticorps, oui, mais efficaces à quel point et pour combien de temps ?

Ce qui est sûr, c’est qu’a priori au contact d’un virus, nous fabriquons des défenses, des anticorps. Théoriquement, on se constitue donc une mémoire immunitaire, censée nous protéger, même partiellement, en cas de deuxième agression : là-dessus, les spécialistes sont tous d’accord.

Il reste néanmoins des questions importantes en suspens.

  • Est-ce que les patients qui ont eu peu de symptômes ont fabriqué ces anticorps ? Il semblerait que les cas les plus graves en fabriquent d’autant plus, il est donc possible que l'inverse soit vrai.
  • Est-ce que ces anticorps empêcheraient une deuxième infection ? Si l'on en a peu produit, ça parait peu probable. Et dans l’hypothèse où ces anticorps seraient "neutralisants" (autrement dit, protecteurs), combien de temps le seront-ils ?
  • Est-on sûr qu’au bout de trois mois après une première infection, ces anticorps sont encore efficaces ? Des cohortes de patients et de soignants guéris sont déjà à l’étude pour tenter de répondre à ces questions, mais les résultats ne seront connus que dans plusieurs mois.
  • À partir de quand après les premiers symptômes fabrique-t-on les anticorps ? Une semaine, deux semaines ?

On voit bien qu’avec toutes ces questions encore sans réponse, l’interprétation des tests sérologiques va être délicate. Et si les anticorps ne protègent pas, cela posera une vraie question aussi sur l’efficacité d’un éventuel vaccin.

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