S'il reconnaît "le lien fort entre le fait de fumer et celui de ne pas avoir le Covid-19", le professeur Bertrand Dautzenberg, pneumologue et tabacologue, alerte sur le danger de la cigarette : "La solution n'est pas de fumer, le tabac tue plus que le Covid", souligne-t-il.

Le professeur Bertrand Dautzenberg, pneumologue et tabacologue, photographié en 2013.
Le professeur Bertrand Dautzenberg, pneumologue et tabacologue, photographié en 2013. © Maxppp / IP3 Press/Marlene Awaad

La nicotine serait-elle une protection contre le Covid-19 ? L'hypothèse défendue par une équipe de médecine interne de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris et d'un neurobiologiste mondialement reconnu, membre de l’Académie des Sciences, Jean-Pierre Changeux, devrait bientôt faire l'objet d'une étude clinique. Pour le professeur Bertrand Dautzenberg, l'effet protecteur de la nicotine est une hypothèse sérieuse. Pour autant il ne faut pas se mettre à fumer ou se coller un patch : "La solution n'est pas de commencer à fumer parce que le tabac tue beaucoup plus que le Covid-19, ni de prendre de la nicotine", estime-t-il.

FRANCE INTER : La nicotine a un effet protecteur contre le Covid-19, c'est donc une hypothèse sérieuse ?

BERTRAND DAUTZENBERG : "Depuis la publication de la nouvelle étude qui est sortie mardi soir, ce n'est plus une hypothèse, c'est une certitude. Dans une étude prospective, depuis le 2 mars, tous les patients qui arrivent à la Pitié-Salpêtrière avec un Covid-19 ont eut un interrogatoire très spécifique sur le tabac, qu'ils soient en consultation ou qu'ils soient hospitalisés. Le taux de fumeurs est de 5 %, c'est-à-dire cinq fois inférieur à ce qui est attendu pour des gens du même âge, du même sexe. C'est vrai chez les hommes, chez les femmes, chez les jeunes, chez vieux. 

Les premières études montraient des suspicions, mais on ne savait pas très bien si c'était vrai ou pas. Là, on a la confirmation absolue qu'il y a un lien fort entre le fait de fumer et le fait de ne pas avoir le Covid-19. Sans qu'on sache si c'est la fumée ou la nicotine qui fait qu'on n'a pas le Covid ou bien qu'on a une forme tellement bénigne de la maladie qu'on ne va pas à l'hôpital pour se faire examiner." 

On ne sait donc pas si c'est du à la nicotine précisément ou à d'autres éléments...

"Il y a des arguments scientifiques assez forts pour dire que c'est la nicotine et Jean-Pierre Changeux, du collège de France, vient de publier un article sur les mécanismes très, très plausibles pour ça. Il n'y a pas de mécanisme très plausible pour que ce soit la fumée, mais pour l'instant, ça, c'est une hypothèse. La certitude, c'est qu'il y a un lien. Est-ce que c'est la nicotine ? Est-ce que c'est la fumée ? Est-ce que ça empêche d'avoir la maladie ou est-ce que ça fait qu'on a une forme bénigne ? On n'a pas de réponse... 

"Mais la solution, ce n'est pas de fumer parce que le tabac tue beaucoup plus que le Covid-19. Ce n'est pas non plus de prendre de la nicotine quand on n'est pas fumeur, parce que c'est assez dangereux dans ce cas-là et que les doses sont très mal supportées alors que chez un fumeur, la nicotine est un produit inoffensif." 

Donc, on ne se met pas tous à fumer demain ?

"Depuis le 1er janvier, il y a eu autant de morts du tabac que du Covid-19. Mais il n'y a qu'un tiers de la population qui fume. Si 100 % des Français étaient fumeurs, on aurait plus de 60 000 morts déjà du tabac. Donc, avoir un médicament qui a trois fois plus de chances de vous tuer que la maladie, ça s'appelle pas un médicament, ça s'appelle un poison. Le tabac est un poison, ce n'est pas un traitement." 

Des essais cliniques vont commencer avec des patchs de nicotine. On pourra mesurer plus précisément les effets de la nicotine ?

"Chez les fumeurs c'est simple et on sait comment faire. Mais si on veut mettre de la nicotine chez les non-fumeurs, c'est très compliqué parce que le corps du non-fumeur n'aime pas la nicotine. 

J'étais en consultation avec une dame qui prenait 50 milligrammes de nicotine par jour en substitution nicotiniques. Mais un non-fumeur, un ado qui commence à fumer par exemple, fume la moitié d'une cigarette et a déjà des nausées. Là, il n'a pris que 0,5 milligrammes de nicotine, donc cent fois moins. La dose toxique de nicotine chez un non-fumeur et très, très faible alors qu'elle est élevée chez un fumeur. Et c'est quelque chose de difficile à gérer et seulement par des médecins, dans des protocoles et une fois qu'on aura déterminé ce qu'il faut faire. 

On verra peut-être que ce n'est pas la nicotine. Peut-être est-ce juste une diminution de la gravité de la maladie et donc que ça n'a aucun sens de la donner à des gens s'ils ne sont pas contaminés par le Covid-19. Il y a plein d'incertitudes et la seule certitude, c'est qu'il y a un vrai souci ou une vraie solution et qu'il faut absolument que tous les chercheurs disponibles relèvent ces données tabac et produisent des données le plus vite possible."

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