La consommation de près de 66 milliards de poulets chaque année dans le monde, pourrait conduire à utiliser leur squelette fossilisé comme marqueur géologique de notre époque. C'est ce qu'estime une équipe de chercheurs britanniques qui publie son analyse dans la revue Royal Society.

Les squelettes fossilisés de poulets deviendront-ils des marqueurs géologiques de notre époque ?
Les squelettes fossilisés de poulets deviendront-ils des marqueurs géologiques de notre époque ? © AFP

Les hommes ont totalement modifié la morphologie du poulet en quelques décennies, affirment ces scientifiques de l'Université de Leicester en Angleterre. Trois fois plus gros qu'à l'époque romaine, deux fois plus grands, les poulets d'élevage, ultra majoritaires, n'ont plus grand chose à voir avec le volatile sauvage d'Asie, domestiqué il y a 8000 ans. Surtout, expliquent ces chercheurs, pour les non végétariens, le poulet est devenu l'une des viandes les plus consommées au monde. Parce que le modèle industriel de production a rendu l'animal très "performant".

Une morphologie modifiée par l'industrialisation

Selon Bertrand Bed'hom, spécialiste de la génétique du poulet et chercheur à l'Institut National de Recherche Agronomique, la sélection intensive pour les poulets de chair a "indéniablement changé leur morphologie, mais aussi leur performance d'un point de vue économique". La sélection a conduit à une vitesse de croissance phénoménale : cinq semaines contre plusieurs mois il y a 50 ans par exemple. Ce spécialiste ajoute que "leur efficacité alimentaire a aussi changé, c'est à dire la quantité d'aliment nécessaire pour fabriquer un kilo de poulet". 

L'équipe qui publie dans Royal Society insiste sur l'impact de cette industrie du poulet sur la nature. Elle en fait un marqueur géologique en partant du principe que la quantité d'os générée par les 23 milliards de poulet vivants à tout moment sur terre, se retrouvera en partie fossilisée. Les générations futures retrouveront donc dans le sol la trace de ces milliards de poulets de batterie. 23 milliards, c'est 10 fois plus que n'importe quelle autre espèce d'oiseaux, 40 fois plus que le nombre de moineaux.  

Un marqueur contesté

Bertrand Bed'Hom est plus sceptique car les os des poulets industriels se conserveront moins bien que ceux des mammifères, plus minéralisés. Pour lui, le plastique, la pollution ou le réchauffement climatique sont de meilleurs marqueurs de l'Anthropocène, cette ère géologique dans laquelle nous serions entrés et qu'on date par le début de l'impact de l'homme sur son environnement. Certes, l'élevage de poulet, sur un modèle américain des années 50, est le même désormais partout dans le monde. Les filières sont très structurées (entre poulet de chair et poules pondeuses qui oblige à tuer des millions de poussins mâles d'un jour) et parce que trois entreprises se partagent le gros du marché, le modèle suivi est celui de la rentabilité économique dont est absente le bien-être de l'animal. 

Conséquence de cette époque actuelle et non des moindres : c'est bien l'ère du poulet de batterie qui a tué les races anciennes et locales. 

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