Prendre rendez-vous avec un gynécologue médical est devenu extrêmement compliqué et très cher pour beaucoup de femmes. C'est ce que révèle une enquête du "Monde".

L'indispensable dépistage du cancer du sein pratiqué par les gynécologues médicaux, lorsqu'on en trouve un...
L'indispensable dépistage du cancer du sein pratiqué par les gynécologues médicaux, lorsqu'on en trouve un... © AFP / BSIP / A. NOOR

Les chiffres sont spectaculaires : entre 2007 et 2017, le nombre de ces spécialistes a chuté de 41,6  % ! Ils ne sont plus que 1 136 pour près de 28 millions de femmes âgées de plus de 16 ans. Six départements n’ont plus aucun gynécologue médical.

Et même si on tente de l'enrayer, la chute pourrait continuer sur un rythme encore plus rapide dans les prochaines années, malgré la mobilisation du Comité de défense de la gynécologie médicale (CDGM), créé en 1997.

Désormais une soixantaine de gynécologues médicaux sont à nouveau formés chaque année, mais c’est insuffisant pour compenser les très nombreux départs à la retraite, car 62  % des gynécologues médicaux en activité ont plus de 60 ans.

Et dans ce désert français, certains départements sont plus particulièrement atteints. Selon les chiffres de l'Ordre des médecins compilés par Le Monde, 39 départements comptent moins de gynécologues que la moyenne. En Dordogne, par exemple, on trouve 4,32 gynécologues médicaux pour 100 000 habitants. Le Lot, l'Aveyron, la Haute-Loire, l'Ain, le Jura, l'Yonne, l'Eure, la Nièvre et, sans surprise, la Mayenne et la Creuse, sont sur les mêmes niveaux. 

Un suivi est pourtant indispensable, ne serait-ce qu'en prévention des cancers du sein ou de l'utérus.

Comment on en est arrivé là ?

Le diplôme spécifiquement français de gynécologie médicale (non reconnu en Europe) a été supprimé en 1984. Une énorme erreur que les pouvoirs publics n'ont réparée qu'en 2003.  Mais il était déjà trop tard pour maintenir le taux de renouvellement des gynécologues médicaux.
Résultat, pour les jeunes filles qui commencent à consulter et lors de chaque départ à la retraite les femmes sont confrontées à la pénurie et, parfois, sont dans l'impossibilité de trouver un rendez-vous à proximité, puisque les gynécologues restants ne peuvent pas absorber les nouvelles arrivantes. Elles doivent donc effectuer des kilomètres ou s'adresser à un hôpital ou à une clinique privée.

Gynécologues médicaux et gynécologues-obstétriciens

Au départ ce sont tous des gynécologues, c'est évident, mais ils ne font pas tout à fait la même chose. Le gynécologue médical soigne la stérilité et les troubles du cycle, le dépistage des cancers gynécologiques, la contraception et les troubles de la ménopause. Le gynécologue-obstétricien concentre son activité sur tout ce qui est lié à la grossesse et à l'accouchement, y compris le volet chirurgical. Les gynécologues médicaux et obstétriciens, comme leur nom l'indique, pratiquent et l'obstétrique et la gynécologie médicale

Des spécialistes rares et chers

La raréfaction de la spécialité est une des raisons de l'augmentation des tarifs. Selon cette enquête, seuls 38 % des gynécologues se limiteraient à une consultation à 30 euros. Ils ne seraient même plus que 18 % à Paris, avec comme d'habitude des disparités : en moyenne 35 euros à Grenoble et 85 à Neuilly.

Le problème est donc encore plus grave lorsque les femmes sont démunies. Alain-Michel Cerretti est le président de France Asso Santé qui regroupe 80 associations de patients : "Les dépassements d'honoraires ont été institués par les pouvoirs publics et, aujourd'hui, on s'aperçoit que ça peut produire des difficultés d'accès aux soins pour les catégories de femmes qui n'ont pas accès à des mutuelles, parce qu'elles ne sont pas encore dans le monde du travail ou qu'elles en sont sorties. Pour ces deux catégories, ont pourrait imaginer un dispositif qui permettrait au moins une fois par an, pour faire réaliser un contrôle, d'avoir un tarif opposable. On pourrait considérer qu'une fois par an on va voir un gynécologue qui s'interdit à ce moment-là un dépassement d'honoraires."

À préciser que ce problème de dépassement d'honoraires est essentiellement un problème de ville puisque à la campagne il n'y a tout simplement plus de gynécologues.

L'alternative

Pour certains actes il est possible de consulter son médecin généraliste, même si beaucoup de femmes n'aiment pas le faire dès lors qu'il s'agit de problèmes gynécologiques. Les sages-femmes libérales spécialisées peuvent également assurer un suivi de prévention,

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.