Des chercheurs viennent de découvrir les propriétés désherbantes d'une molécule que l'on trouve à l'état naturel : la radulanine A. Les travaux n'en sont qu'à leurs débuts, mais ils pourraient représenter une avancée majeure dans la transition vers la fin du glyphosate.

La radulanine A est naturellement produite par les hépatiques, une sorte de mousse (image d'illustration)
La radulanine A est naturellement produite par les hépatiques, une sorte de mousse (image d'illustration) © Maxppp / Christian Watier

Le glyphosate, version bio ? Des chercheurs du CNRS, de Polytechnique et de la Sorbonne viennent de déposer une demande de brevet pour un nouvel herbicide naturel, issu de la radulanine A. On retrouve cette molécule dans les hépatiques, des mousses végétales présentes notamment dans les forêts et les zones humides. 

"On est presque aussi efficace que le glyphosate"

Testée en laboratoire sur l'arabette, une mauvaise herbe très répandue, les résultats ont été plus que probants. "On a montré que nos molécules étaient actives à des concentrations très proches de celles du glyphosate. C'est ce qui nous a interpellés", explique Bastien Nay, directeur de recherches au CNRS et chercheur au laboratoire de synthèse organique à l'École polytechnique. L'arabette jaunit rapidement, puis meurt. "On est presque aussi efficace que le glyphosate", confirme le chercheur. 

À ceci près que la radulanine A, elle, est naturelle. Dans un contexte de très forte contestation du glyphosate, et alors que les pesticides chimiques sont bannis de la commercialisation aux particuliers depuis le 1er janvier, cette découverte offre de nombreuses possibilités. "Je pense qu'il y a une pression de la société qui fait que certaines choses sont de moins en moins possibles. Donc pour nous, il y a plein d'ouvertures grâce à l'origine naturelle de ces produits."

"Extrêmement difficile de rivaliser avec le glyphosate"

Pour autant, d'ici à retrouver la radulanine A dans les rayons de votre jardinerie, il faudra au moins plusieurs années. Le brevet vient d'être déposé, la recherche doit encore avancer. Et se mesurer au glyphosate n'est pas une mince affaire. "C'est extrêmement difficile, parce que le glyphosate est une molécule très simple, facile à synthétiser, disponible en très grande quantité, et à moindre coût", explique Bastien Nay. 

"Si on veut rivaliser, il faudrait arriver à produire notre molécule en grande quantité. Ce sera nécessaire, si l'on veut l'utiliser dans un champ ou en conditions réelles." Reste aussi à trouver des financements pour poursuivre les recherches, et bien sûr, évaluer le risque sanitaire de la radulanine A. Des tests de toxicité devront être effectués sur l'Homme comme sur l'environnement. 

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