Plusieurs chercheurs viennent de dévoiler les ingrédients qui ont permis à la momie du musée de Turin d'être conservée pendant plusieurs millénaires. Le rapport a été publié dans la revue scientifique Journal of Archaeological Science, le jeudi 16 août.

La momie du musée de Turin, en Italie, serait celle d'un homme de 20 ou 30 ans. Sa mort a eu lieu il y a 5 500 ans.
La momie du musée de Turin, en Italie, serait celle d'un homme de 20 ou 30 ans. Sa mort a eu lieu il y a 5 500 ans. © AFP / MARCO BERTORELLO

La momification garantit la vie éternelle selon les Égyptiens. Plusieurs études ont, en effet, montré que cette technique permettait de conserver des corps pendant plus de 5 000 ans. Un rapport publié le jeudi 16 août, dans la revue scientifique Journal of Archaeological Science, dévoile la recette de la momification. 

Une équipe de plusieurs chercheurs des universités de York, Macquarie, Oxford, Warwick, Trento et Turin ont effectué des tests approfondis sur une momie préhistorique intacte. Elle est conservée au musée d'antiquités égyptiennes de Turin, en Italie. Les conservateurs ne savaient pas grand-chose sur son histoire. L'ancien directeur du musée l'avait achetée en 1901 sans laisser de précisions sur sa provenance et les circonstances de sa découverte. Et, contrairement à la plupart des momies préhistoriques des musées, celle-ci n'avait jamais subi de traitement de conservation qui aurait pu constituer un moyen de l'analyser plus profondément.   

Huile végétale, résine conifère et sucre végétal 

La momie de Turin était supposée avoir été naturellement momifiée par l'action desséchante du sable chaud et sec du désert. Mais les analyses des chercheurs ont révélé autre chose. Grâce à deux petits morceaux de tissus prélevés, ils ont montré que la momie avait subi un processus d'embaumement composé de plusieurs éléments : huile végétale, résine conifère chauffée, extrait de plante aromatique et mélange de sucre végétal. Voilà la recette "magique" de momification utilisée pour imprégner les textiles funéraires dans lesquels le corps était enveloppé. Ce procédé contient des agents antibactériens qui étaient utilisés par les embaumeurs égyptiens environ 2 500 ans plus tard. 

La momie de Turin serait donc celle d'un homme de 20 ou 30 ans. Sa mort a eu lieu il y a 5 500  ans. Cela signifie que le processus d'embaumement a été maîtrisé 15 siècles plus tôt que ce qui était admis jusque-là.

Ce processus de momification remonte à 3 600 av. J.-C

Stephen Buckley, chimiste archéologue et expert en momification à l'Université BioArCh de York explique : "Ayant identifié des recettes d'embaumement très similaires dans nos précédentes recherches sur les sépultures préhistoriques, cette dernière étude fournit à la fois la première preuve d'une large utilisation, géographiquement parlant, de ce procédé et la première preuve scientifique sans équivoque pour l'utilisation de l'embaumement sur une momie égyptienne préhistorique intacte." 

Le Dr Jana Jones, égyptologue et spécialiste des anciennes pratiques funéraires égyptiennes, à l'Université de Macquarie, a déclaré : "L'examen de l'organisme de la momie de Turin apporte une contribution capitale à notre connaissance limitée de la période préhistorique et à l'expansion des pratiques de momification antérieures à celles que nous connaissions (…) Grâce à ces analyses, nous pouvons confirmer aujourd'hui que ce processus de momification rituel avait lieu vers 3 600 av. J.-C." 

Et le professeur Tom Higham, directeur adjoint de l’unité Oxford Radiocarbon Accelerator, se réjouit : "Ces résultats changent considérablement notre compréhension de l'évolution du processus de momification et de l'utilisation des agents d'embaumement." 

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.