Partie en 2014 de la Terre, Hayabusa 2 est parvenue à prélever un nouvel échantillon de matière extraterrestre. Après la poussière recueillie en février, la sonde spatiale a, cette fois-ci, aspiré quelques grammes du sous-sol de Ryugu, un astéroïde difficile d'accès.

Le scientifique Seiiciro Watanabe explique l'atterrissage de Hayabusa 2 sur l'astéroïde Ryugu
Le scientifique Seiiciro Watanabe explique l'atterrissage de Hayabusa 2 sur l'astéroïde Ryugu © AFP / Masahiro Sugimoto / Yomiuri / The Yomiuri Shimbun

C'est un exploit ! Par deux fois, le 22 février dernier et ce jeudi matin, un engin spatial a brièvement effleuré un astéroïde afin d'en prélever de la matière primitive. On saura au retour de la sonde sur Terre si les échantillons sont aussi prometteurs qu'attendus mais d'ores et déjà, le vol spatial et la technologie mise en œuvre sont unanimement salués.

Pour ce deuxième "touch and go" -le premier ayant eu lieu en février-, la sonde a rencontré le même terrain accidenté. "L'état de surface de cet astéroïde n'a rien à voir avec ce qu'on pensait au départ", explique Patrick Michel, astronome à l'Observatoire  de la Côte d'Azur. "Il est couvert de rochers et il n'y avait  pas de zone d'atterrissage facile. Et il a fallu augmenter la précision de la zone d'atterrissage pour la réduire à quelques mètres", ajoute t-il.

Pile sur le bon cratère

Sur la première photographie envoyée par la sonde, les ingénieurs de la JAXA (l'Agence d'exploration aérospatiale japonaise) ont montré, lors d'une conférence de presse, une tache plus sombre qui semble correspondre à l'endroit où l'engin s'est rapidement posé avant de redécoller. Conforme aux calculs qui avaient été maintes fois refaits, l'endroit est censé correspondre au cratère réalisé en amont, le 5 avril dernier, avec un projectile de 2 kilos lancé à haute vitesse (7200 km/ h). Une partie du matériau éjecté du cratère est retombé sur l'astéroïde à proximité du cratère.

Si l'aspiration de matière s'est bien passé, ce sont ces poussières que la sonde Hayabusa 2 a récupérées, mises à nues par le cratère et qui était initialement sous la surface. "Ce qu'on veut comprendre, ce sont les effets de l'espace sur la matière", précise Patrick Michel. Un astéroïde est soumis aux radiations solaires et aux bombardements par des météorites. Il est donc transformé. Jusqu'à quel point ? L'eau des astéroïdes a t-elle pu ensemencer la Terre, seule planète connue à abriter la vie ? Ce sont ces questions qui attendent encore des réponses. En ayant accès à la matière du sous-sol, c'est une fenêtre sur les origines de cet objet céleste primitif que veulent ouvrir les chercheurs.

Comprendre les "briques élémentaires" du système solaire

Car tel est l'objectif de la mission : mieux comprendre la formation du système solaire. Si les planètes qui le composent ont 4 milliards d'années, les astéroïdes eux en ont 500 millions de plus. Ils ont contribué à la formation du système solaire mais certains, en ne se "s'accrétant" pas pour former des planètes, sont restés à l'état de vestiges, des briques élémentaires.

C'est "un voyage dans le temps" que cette première mondiale nous apporte, ajoute l'astrophysicien, spécialiste des astéroïdes. Reste à récupérer le précieux chargement de la sonde. Hayabusa 2, qui avait déjà largué Minerva, deux petits robots sautillants japonais et Mascot,  robot franco-allemand de la taille d'une boîte à chaussures, a encore un dernier tour de piste à effectuer avant d'entamer son voyage retour.  Un dernier rover doit encore être déployé d'ici quelques semaines.

Fin 2019, Hayabusa 2 prendra la direction de la Terre. La capsule ultra résistante, porteuse des échantillons, sera larguée. Elle sera ensuite récupérée en Australie où elle atterrira et conduite en laboratoire. Avec encore quelques litres de carburant à son bord, la sonde spatiale pourrait faire encore quelques manœuvres et observations d'astéroïdes. Contrairement à Hayabusa 1, dont le périple avait été parsemé d'embûches, Hayabusa 2 déroule son programme ambitieux comme s'il ne devait jamais s'arrêter.

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