Depuis l'entrée en éruption Kilauea à Hawaï, et ce malgré l'évacuation des habitants, les pouvoirs publics alertent sur de possibles fumées acides liées au déversement de la lave dans l'eau salée de la mer. Un phénomène bien connu mais amplifié par l'important volume de lave qui se déverse actuellement du volcan.

Le volcan Kilauea
Le volcan Kilauea © AFP / MARIO TAMA / GETTY IMAGES NORTH AMERICA

Le phénomène n'est pas nouveau, mais est particulièrement surveillé à Hawaï depuis l'entrée en éruption du volcan Kilauea, le 4 mai dernier, après un séisme. Responsable de l'équipe Sysètmes volcaniques à l'institut de Physique du Globe de Paris et responsable scientifique des observatoires volcaniques et sismologiques de l'IPGP, Jean-Christophe Komorowski décrit, au micro de Sophie Bécherel, la réaction chimique qui se créée et évalue sa dangerosité.

Au contact de l'eau de mer, la lave qui se déverse à une température de 1 000 ou 1 200 degrés Celsius va former un aérosol d'acide chlorhydrique, un nuage particulièrement dangereux, formé de petites gouttelettes d'acide chlorhydrique, puisque l'eau de mer contient du chlorure de sodium qui va se mélanger avec des poussières de lave" mais aussi de résidus de verre très nombreux, acérés et pointus, qui vont se déplacer au sein du panache de fumées, au gré des vents dominants.

La réaction, connue depuis des décennies, est appelée "lava haze" en anglais. Pour surveiller ce phénomène existent d'ailleurs "des systèmes d'alerte et de suivi sur tous les volcans de type basaltique et dont la lave est susceptible d'entrer en contact avec de l'eau de mer", notamment à Hawaï mais aussi au Piton de la Fournaise. "Le phénomène est plus important potentiellement cette fois-ci parce que le volume de lave qui est émis par l'éruption du volcan Kilauea et qui se déverse sur les flancs de l'île est bien plus important que lors des précédentes éruptions."

Cette lave déversée dans la mer pose un second problème, celui du risque d'explosions liées au contact de la lave incandescente avec l'eau de mer avec des projections de blocs et des jets de vapeurs à plusieurs dizaines voire centaine de mètres.

Un second phénomène plus rare et tout aussi dangereux

Le Kilauea est également très surveillé pour un autre risque, assez similaire, mais situé cette fois-ci au sommet du volcan. Le volume de magma est tel, explique le chercheur, qu'il va se déverser par le cratère principal mais aussi directement depuis les flancs, "car le magma va fracturer la roche sur les versants du volcan, déviant du conduit principal". 

Si trop de magma s'échappe par ces conduits secondaires, cela peut entraîner un "sous-tirage" du magma dans le conduit principal. Le magma situé dans le conduit va alors se retrouver au-dessous du niveau des nappes phréatiques, provoquant là encore des explosions violentes lorsque la lave en fusion entre en contact avec l'eau des nappes. Des poches d'eau bouillante et de débris de roche vont se créer à l'intérieur du conduit et y rester pendant des années, produisant des panaches de cendres et de vapeurs, à une température très élevée.

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