Le médicament, conçu initialement comme décontractant musculaire et utilisé par de nombreux alcooliques hors de son indication d'origine, a obtenu son autorisation de mise sur le marché (AMM) pour le traitement de l'alcoolisme, mais sous conditions.

Depuis des années ce médicament est prescrit par des médecins pour soigner l'addiction à l'alcool, mais hors autorisation de mise sur le marché pour cette indication
Depuis des années ce médicament est prescrit par des médecins pour soigner l'addiction à l'alcool, mais hors autorisation de mise sur le marché pour cette indication © AFP / Damien MEYER

Depuis des années ce médicament est prescrit par des médecins pour soigner l'addiction à l'alcool, mais hors autorisation de mise sur le marché pour cette indication, car le baclofène est au départ un relaxant musculaire. C'est le docteur Olivier Ameisen, un cardiologue connaissant des problèmes d'addictions à l'alcool, qui a découvert les effets secondaires de ce décontractant musculaire après l'avoir expérimenté sur lui-même.

Il y a eu de nombreux blocages avant cette autorisation de l'ANSM, parmi les médecins eux mêmes qui ne croyaient pas en cette molécule, parmi les autorités sanitaires qui craignaient des effets secondaires, mais aujourd’hui au moins 80 000 patients en prennent en France. Ils bénéficiaient jusqu'à présent d'une autorisation temporaire d'utilisation (ATU). Cette autorisation de l'Agence du médicament (ANSM) était attendue non seulement en France, mais dans de nombreux pays où le médicament est également prescrit en dehors de l'indication.

Pour le docteur Philippe Jaury qui a été l'un des premiers prescripteurs c'est une grande avancée : "Avec le Baclofène les patients n'ont plus envie de boire. Un certain nombre de patients deviennent indifférents. Ils peuvent même boire un verre de temps en temps, l'abstinence n'est plus obligatoire. Si on met un verre devant eux, on voit très bien grâce à l'imagerie cérébrale qu'il n'y a rien qui s'allume dans le cerveau, il n'y a pas d'envie irrépressible, le patient ne doit pas lutter pour ne pas boire. On est vraiment dans la réduction des risques, dans la limitation des dégâts qui est un autre paradigme complet de la prise en charge de ces patients-là. 

Une autorisation donnée sous condition

Dans le cadre de cette AMM, le baclofène ne pourra être prescrit qu'à une dose réduite (80 mg/jour au maximum), une dose que de nombreux addictologues jugent faible pour avoir un réel effet, mais pour eux c'est déjà un premier pas. Ils espèrent que, plus tard, ce traitement deviendra "à la carte", un peu comme l'insuline où on adapte en fonction de chaque patient. 

Quant aux effets secondaires qui avaient été évoqués pour retarder cette autorisation, comme la somnolence, pour les médecins qui prescrivent le médicament ils sont bien moins importants que les effets de l'alcool lui même. "On est vraiment dans la réduction des risques, dans la limitation des dégâts qui est un autre paradigme complet de la prise en charge de ces patients-là explique le docteur Jaury, Il y a beaucoup de patients qui vont rentrer dans le système de soins par cette autorisation officielle et on sait qu'avec cette molécule il restent dans le système de soins et ça c'est important."

Il convient maintenant de former davantage de médecins à sa bonne prescription. La décision d'accorder l'autorisation de mise sur le marché "n'est pas un blanc-seing", a prévenu le directeur général de l'ANSM, Dominique Martin, selon qui "ce médicament n'est pas anodin et doit être manié avec beaucoup de précautions"

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