Plus de 30 ans après sa découverte, le joyau de l'art pariétal sous marin aura son fac-similé. A Marseille, une réplique des 370 peintures rupestres et gravures ayant été réalisées il y a 19 000 ans, parfois 27 000 ouvrira au public dans 2 ans. Hier une étape importante a été franchie.

Visite virtuelle de la grotte Cosquer et de ses œuvres
Visite virtuelle de la grotte Cosquer et de ses œuvres © PERSPECTIVE[S] KR EIFFAGE

Enfin! Découverte en 1987 par Henri Cosquer, plongeur professionnel, révélée en 1991, la grotte qui porte son nom aura sous peu sa réplique, sur le parvis du Mucem dans la cité phocéenne. Après que le président de la région PACA, Renaud Muselier a remis hier les clés de la villa Méditerranée à Kleber Rossillon, patron de la société éponyme, le chantier peu enfin commencer. 

Après Chauvet et Lascaux, c'est donc un troisième chef d'oeuvre de l'art pariétal préhistorique qui sera répliqué, afin que le grand public découvre la beauté des peintures et gravures réalisés dans cette grotte sous marine des calanques il y a plus de 20 000 ans. Au paléolithique supérieur, la mer était à plus de 110 mètres de son emplacement actuel et c'est donc à sec que les hommes pouvaient gagner la grotte. L'environnement n'avait rien à voir avec l'actuel puisque la présence de dessins de pingouins atteste d'un climat polaire. 

Visite virtuelle de la grotte Cosquer, vue d'un bison (à gauche)
Visite virtuelle de la grotte Cosquer, vue d'un bison (à gauche) / PERSPECTIVE[S] KR EIFFAGE

Une grotte immergée unique

Le bestiaire est vaste dans les méandres de la grotte Cosquer. Parfois très caché. Bisons, chevaux, antilope, pingouins, méduse...on trouve aussi des empreintes de mains, rouges ou noires et des sexes (phallus et vulve) représentés. Beaucoup de signes aussi, des rectangles, des rayures, des parallèles entrecroisées.... L'ensemble n'est pas aussi spectaculaire que dans l'Ardèche où les fresques de la grotte Chauvet sont si époustouflantes qu'on le attribue à un "Picasso de la préhistoire". Néanmoins, les représentations et peintures pariétales de la grotte Cosquer sont uniques par leur situation. 

Aujourd'hui l'entrée de la grotte à 37 mètres sous l'eau est condamnée. Seule une poignée de scientifiques y a accès. Pour faire connaitre les trésors de la grotte, il était temps de réaliser un fac similé, d'autant que la véritable grotte est aujourd'hui menacée par la montée des eaux conséquence du réchauffement climatique rapporte Kleber Roussillon. Son entreprise, à qui l'on doit le fac-similé de la grotte Chauvet, a emporté le marché de cette nouvelle réplique préhistorique. "La grotte est en cours de disparition. Les scientifiques qui y vont tous les ans nous disent que depuis 2 ans , l’eau monte à cause du réchauffement climatique. Suivant les années, la hausse peut aller jusqu’à 80 cm et atteint le poitrail des chevaux".

Rendu en fil de fer de la visite de la grotte Cosquer
Rendu en fil de fer de la visite de la grotte Cosquer / PERSPECTIVE[S] KR EIFFAGE

Difficulté majeure pour ce chantier de 23 millions dont 10 financés par la région PACA, la réplique doit s’insérer dans la villa Méditerranée, un bâtiment existant, situé sur le parvis du Mucem et initialement dédié à des événements culturels. Délaissé, il a été entièrement réhabilité, en particulier étanchéifié afin de permettre la remise des clés. La société Kleber Roussillon, spécialiste de la gestion de site public, a obtenu la concession pour 25 ans. Elle s'est entourée des professionnels dont beaucoup ont déjà l'expérience d'autres artefact. Tout le défi selon Christian Dalsanto, directeur du développement de la branche construction d'Eiffage dans le sud Est, c'est de partir du pré existant. "Le défi majeur c'est que les gens, à la sortie, pensent qu’ils étaient dans la vraie grotte. C’est ça l’enjeu de cette opération , trouver l’adéquation entre la déformation de la grotte liée à la contrainte d’un bâtiment déjà existant tout en restituant le parcours, l’ambiance, les  émotions , quelque chose qui soit le plus réaliste possible".  

Pour la "peau" de la cavité, c’est la technique utilisée pour la grotte Chauvet qui sera réemployée explique Catherine Belamy responsable du projet chez Kleber Rosssillon : "le principe c’est qu’il y a une architecture en grillage qui reproduit exactement les volumes, les formes de la grotte ; sur ce grillage, on projette un béton qui est lui-même façonné, travaillé sur lequel on viendra incruster les panneaux, eux même fabriqués dans les ateliers des mêmes artistes qui ont travaillé pour Chauvet et pour Lascaux". 

Reproduire l'effet "Whaou"

Pour reproduire la sensation d'immersion, la reproduction sera située au sous-sol du bâtiment. Les visiteurs descendront par un sas comme s'ils allaient s'équiper à la manière de plongeurs. Il est prévu un effet "whaou" comme celui qu'a connu Henri Cosquer, quand, après avoir remonté 120 mètres dans une eau légèrement troublée par les sédiments soulevés par le mouvement des palmes , il est arrivé sur une plage et a découvert une salle décorée attestant de la présence de l'homme. 

Les scientifiques ont depuis révélé que la grotte avait été occupée deux fois et que les peintures datées au carbone 14 avaient 19 000 ans pour les plus récentes et 27 000 ans pour les autres. Afin de donner au visiteur cette sensation de mer, les scénographes ont prévu un miroir d’eau. Les visiteurs ne marcheront pas. Ils avanceront dans des   wagonnets avec vue à 360°. Ces nacelles qu'on voit plutôt dans les parcs d'attraction, sont idéales pour aller doucement explique Kleber Rossillon. Avec un casque sur les oreilles pour les commentaires, le visiteur sera immergé. Seules le bruit des gouttes d'eau est prévu. 

Des nuages de points pour reproduire au plus juste les oeuvres

Afin d'offrir à chaque corps de métier et intervenants une vision de la grotte, une entreprise aixoise a été chargée de réaliser une version virtuelle et numérique de la grotte. Elle s'est vue confiée par le ministère de la Culture tous les relevés réalisés jusqu'ici afin de les transformer en maquette numérique dans laquelle on peu évoluer avec un casque de réalité virtuelle. Pour Stephane Kylès, directeur technique de Perspective[s], "il y a un gros volume de données qui a été numérisé ces 10 dernières années ,344 scans de relevés laser, photographiques, des mesures photogrammetrie et chacun se compose de millions de points. Notre ordinateur et les algorithmes qu’on utilise ont la tâche de segmenter puis de créer un maillage 3D et une surface qui donne à voir ces œuvres dans un modèle numérique". 

Ces virtuoses du virtuel qui sont aujourd’hui les plus familiers de la grotte Cosquer. Eux savent combien il sera difficile de reproduire les boyaux, les draperies calcaires… Comme pour la grotte Chauvet, les volumes et distances ne seront pas respectés obligatoirement. L'anamorphose créée doit pourtant permettre d'insérer les plus belles représentations artistiques tout en donnant au visiteur la sensation d'un parcours. "On a des volumes très particuliers, des endroits très resserrés où l’épaisseur ne dépasse pas 80 cm où il faut ramper, se mettre à genou pour découvrir des œuvres. C’est donc compliqué de proposer cela au public. Ces endroits fous et oniriques, on va le proposer en faisant des choix mais en restant complètement fidèle à la réalité" raconte Romain Senatore, PDG de Perspectives.

Environ 70% des œuvres , concrétions, stalagmites ou draperies de calcaire devraient figurer dans la réplique dont l'ouverture est prévue en juin 2022

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