Face à plusieurs cas de fraudes scientifiques ces derniers mois, le CNRS a présenté ce mardi son plan d'action. Deux mots d'ordre : transparence et rigueur pour mieux uniformiser les procédures et les sanctions.

Le CNRS va mettre en place un plan d'action contre la fraude
Le CNRS va mettre en place un plan d'action contre la fraude © AFP / Lionel Bonaventure

Face aux récents cas de fraudes scientifiques en son sein, le CNRS, plus grand organisme de recherche public en France, a présenté ce mardi son plan d'action. Antoine Petit, qui a pris ses fonctions de président de l'organisation à la suite d'une affaire de méconduite scientifique concernant sa prédécesseure, a mis en place dès son arrivée une réflexion sur le sujet

Depuis plusieurs années, les cas de ce qu'on appelle "inconduite scientifique" se multiplient. Il y a donc celui d'Anne Peyroche, biologiste et présidente par intérim du CNRS, accusée, quelques semaines seulement après sa nomination, d'avoir au mieux "embelli" les résultats d'une étude menée alors qu'elle était employée par le CEA (Centre de l'énergie atomique), au pire, "fabriqué ou falsifié des résultats". Ou encore le cas d'Olivier Voinnet, sanctionné deux fois (dont une en 2018) et accusé de manipulations dans pas moins de 28 articles. 

Deux nominations pour un cadre transparent et rigoureux

À son arrivée, Antoine Petit a demandé l'élaboration d'un rapport sur la question. Ses recommandations sont à la base des décisions annoncées ce mardi : fini le cas par cas dans le traitement de ces affaires. Le CNRS annonce la mise en place d'un cadre transparent et rigoureux, pour faire face aux cas de fraudes scientifiques. Il faut, selon Antoine Petit, uniformiser les procédures pour qu'elles puissent être rendues publiques et discutées :

Ces questions d'intégrité scientifique posent un vrai problème : elles jettent un discrédit sur la qualité de la science. 

"Ce discrédit me semble injuste, explique Antoine Petit. L'immense majorité des chercheurs et des chercheuses sont des gens honnêtes qui ne trichent pas. C'est pour cela qu'il faut faire la part des choses mais traiter avec toute la rigueur nécessaire". 

Concrètement, deux personnes ont été nommées pour assurer ce cadre. D'une part, un référent déontologue et lanceur d'alerte, déjà en poste depuis début août. Son rôle : répondre aux questions des chercheurs du CNRS sur la déontologie, voire les conseiller, par exemple sur les questions de conflits d'intérêt. Il sera aussi chargé de vérifier qu'une alerte lancée est bien prise en compte. 

Pas de signalements anonymes

Pour traiter les soupçons de fraude, une deuxième personne a été nommée : Rémy Mosseri. Il sera le "Monsieur intégrité scientifique", entouré de quatre personnes recouvrant toutes les disciplines du CNRS. C'est cette équipe qui instruira tous les dossiers. Quiconque, membre du CNRS ou non, peut le saisir d'un cas de fraude, de manquement ou de plagiat. 

Une seule condition : accepter de donner son identité. "Je n'accepterai pas d'allégation anonyme", explique Rémy Mosseri. "Par contre, cette personne, si elle désire que son nom reste confidentiel, je ne le donnerai pas", assure-t-il, promettant que même le président du CNRS n'en sera pas informé. "Il y a des cas où des gens sont en situation de crainte de représailles, donc on peut le comprendre : ce sera confidentiel mais pas anonyme", ajoute-t-il. Un anonymat qui peut toutefois apparaître comme problématique, étant donné qu'une partie des affaires qui ont donné lieu à des sanctions étaient le fait de dénonciations anonymes en ligne, notamment sur le site PubPeer

Une fois reçue, l'allégation est décortiquée scientifiquement et suivie, le cas échéant, de sanctions prises par le PDG du CNRS. Depuis août, le référent a été saisi d'une dizaine de cas. 

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