Un chercheur japonais vient d'obtenir l'autorisation de réaliser des embryons humains/animaux, appelés chimères. Il espère créer des organes de substitution pour les greffer sur des patients et leur éviter les médicaments antirejet.

Un chercheur japonais pourra mélanger des cellules humaines dans un embryon d'animal modifié.
Un chercheur japonais pourra mélanger des cellules humaines dans un embryon d'animal modifié. © Getty / Andrew Brookes

Le Japon a donné le feu vert à ce type de recherches. Les premiers travaux sur les chimères datent des années 70 et on les doit à une grande scientifique française, Nicole Le Douarin. Dans le cas présent, le projet vise à mélanger des cellules humaines dans un embryon d'animal modifié. Le procédé soulève de sérieuses questions éthiques. En France, la loi bioéthique interdit de tels travaux.

Hiromitsu Nakauchi n'est pas un inconnu de la communauté scientifique. Chercheur à l'université Standford en Californie et à l'université de Tokyo, il mène ses travaux sur les chimères sur les deux continents. 

Il injecte des cellules souches humaines pluripotentes dans un embryon animal dont il a retiré le gène nécessaire au développement d'un organe donné. Jusqu'ici, Hiromitsu Nakauchi avait l'autorisation dans son pays de cultiver des embryons hybrides durant 14 jours maximum. Désormais, il aura le droit, puisque le gouvernement nippon l'y autorise, de cultiver des cellules humaines dans des souris et des rats jusqu'à ce que le pancréas soit quasiment développé. Puis, dit-il, il demandera à poursuivre le développement jusqu'à 70 jours. 

En dépit de sa volonté affichée d'aller lentement, Hiromitsu Nakauchi espère in fine la transplantation de ces organes hybrides dans des animaux de substitution si l'on en croit la prestigieuse revue Nature. 

Il s'agit de voir s'il sont tolérés par l'organisme receveur. Ces recherches sont interdites dans de nombreux pays, dont la France, et sont sous moratoire aux États-Unis. Le scientifique souhaite ainsi avoir une banque d'organes pour les patients en attente de greffe. Telle est la justification de ce programme : pallier la pénurie de dons. 

Une recherche ancienne qui progresse

"Le chercheur en question, Hiromitsu Nakauchi, a lancé cette thématique il y a maintenant 10 ans en créant des souris porteuses de pancréas de rats ou à l'inverse des rats porteurs de pancréas de souris", explique à France Inter John de Vos, responsable ingénierie cellulaire et tissulaire au CHU de Montpellier. 

"Il s'agissait déjà d'animaux hybrides mais entre eux. Il faisait déjà cette recherche, y compris avec des cellules humaines, en Californie. Cette fois, il va avoir l'autorisation de le faire chez lui, au Japon. C'est donc une recherche ancienne qui progresse. C'est un chercheur qui travaille de manière très méticuleuse, avec beaucoup de précautions. Je pense donc qu'on ne va pas franchir les lignes rouges qu'il ne faudrait pas franchir. C'est un chercheur extrêmement sérieux, qui progresse pas à pas, pour justement ne pas prendre le moindre risque".

Pour l'instant, pourtant, personne ne sait ce qui va se passer avec les cellules humaines greffées. Ne vont-elles pas migrer dans d'autres organes de l'animal receveur, notamment le cerveau ? La technique de modification génétique, et plus largement le but poursuivi, suffit-il à justifier l'expérimentation animale ? Peut-on brouiller ainsi la frontière entre ces deux espèces ? Les questions éthiques soulevées sont nombreuses.

Pour John de Vos, "c'est envisageable en France. Il y a quand même encore un flou au niveau juridique et réglementaire. La révision actuelle de la loi de bioéthique pourrait éclaircir cette problématique pour éventuellement rendre cette pratique possible".

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