Deux nouvelles études parues dans la revue Nature confortent des résultats précédents : le panachage de deux vaccins différents (pour la première et la deuxième dose) augmente l'immunité contre le coronavirus. Cela permet d'envisager une évolution de la stratégie vaccinale.

Les personnes qui ont reçu une première dose d'AstraZeneca puis une dose de vaccin à ARN messager sont mieux protégées contre le Covid-19.
Les personnes qui ont reçu une première dose d'AstraZeneca puis une dose de vaccin à ARN messager sont mieux protégées contre le Covid-19. © AFP / Fred Tanneau

Et si 1 et 1 faisaient plus que 2 ? C'est ce que semblent suggérer les études qui se sont intéressées au panachage de deux vaccins différents. Les personnes qui ont reçu une première dose d'AstraZeneca puis une dose de vaccin à ARN messager (Pfizer ou Moderna) sont mieux protégées contre le SARS-CoV-2. La protection conférée par les vaccins autorisés par l'Agence européenne des médicaments était déjà large : de 70 à 97% de protection contre une forme grave de la maladie. Cela dépend bien sûr du variant incriminé et du délai entre les deux doses.

Selon l'étude menée par l'université d'Oxford, comparativement à des personnes vaccinées avec deux doses d'AstraZeneca à 12 semaines d'intervalle, le surcroît d'immunité est de 60% avec le panachage (AstraZeneca puis Pfizer). Pour des vaccinés au Pfizer-BioNtech, l'immunité serait trois fois plus importante. Les anticorps sont aussi plus variés, selon les chercheurs. Une deuxième étude observationelle signée par Tina Schmidt, chercheuse au département de transplantation et d'immunologie des infections,  à l'Université de la Sarre en Allemagne met en évidence le même résultat chez une centaines d'individus en bonne santé. Il n'y a globalement pas plus d'effets secondaires après l'injection avec ce protocole vaccinal. Deux doses différentes provoquent en moyenne un peu plus de fièvre que 2 doses de Pfizer BioNtech mais moins que 2 doses homogènes.

Revoir la stratégie vaccinale ?

Dans The Lancet, en mai, cette efficacité améliorée était déjà mentionnée. Et les risques de thrombose chez les publics jeunes avaient conduit les autorités sanitaires françaises à recommander une deuxième dose de vaccin à ARN messager pour les personnes ayant reçu une première dose de vaccin AstraZeneca. Ce panachage, appelée "Prime boost hétérologue" ne surprend pas le professeur Jean-Daniel Lelièvre, du service des maladies infectieuses de l'Hôpital Henri-Mondor à Créteil. 

Cela fait des décennies que les recherches sur le vaccin anti-VIH ont montré en laboratoire l'efficacité de cette pratique.

Lui-même avait soutenu l'intérêt d'utiliser deux vaccins de technologie différentes, sans trouver au printemps beaucoup d'écho, dit-il. À ce jour, les chercheurs ne savent toutefois pas expliquer clairement ce qui explique ce surcroit d'efficacité dans la protection

Cela doit-il inciter à revoir la stratégie vaccinale ? "Pas dans l'immédiat puisque ce qui importe en ce moment, c'est la primo vaccination et il faut aller vite", répond le professeur Lelièvre mais "à plus long terme, dans l'hypothèse où on ferait une 3ème dose, cela pourrait être intéressant d'utiliser un vaccin différent". La question n'a pas été tranchée. L'ordre d'injection a son importance, précise le médecin, qui préconise un vaccin à vecteur viral (type AstraZeneca) d'abord, avant de passer soit à l'ARNm soit à un vaccin à base de protéines recombinantes (la technologie mise en œuvre par Sanofi actuellement et attendue cet hiver).