Extrait du sol pour fabriquer canalisations et vaisselle, le plomb romain a pollué l'air pendant les périodes de prospérité de l'Antiquité romaine. La glace des Alpes en a gardé la trace.

On a trouvé du plomb dans des carottes de glaces prélevée dans les Alpes datant de l'antiquité romaine
On a trouvé du plomb dans des carottes de glaces prélevée dans les Alpes datant de l'antiquité romaine © Getty / Sam Mellish

La science progresse aussi avec les progrès technologiques. C'est ainsi que Michel Legrand , chimiste environnemental et Suzanne Preunkert, physicienne, tous deux chercheurs CNRS à l'Institut des Géosciences de l'Environnement à Grenoble ont réexaminé des carottes glaciaires du Mont-Blanc, préservées dans les congélateurs de leur laboratoire. Datées au carbone 14, elles ont permis de remonter 5 000 ans en arrière. De très bonne qualité, la glace prélevées sur 130 m de profondeur a donc bien en mémoire l'atmosphère de l'époque romaine. 

C'est celle qui intéressait ces chercheurs. En effet, dans les carottages du Groenland, la présence du plomb romain était visible année après année, mais à l'échelle de traces. Réexaminer les glaces alpines, c'était chercher au plus près du foyer de production, la présence du plomb dans l'atmosphère. L'analyse s'est avérée probante. Le plomb coïncide avec les grandes périodes de prospérité de l'Antiquité romaine avec deux maximums d'émissions bien distincts : durant la République (entre 350 et 100 ans avant Jésus-Christ) puis l'Empire (entre 0 et 200 ans après J-C).  Ces résultats sont publiés dans Geophysical Research Letters du 7 mai 2019.

"Les Romains extrayaient le minerai de plomb argentifère pour produire le plomb nécessaire aux canalisations d'eau et aux ustensiles de cuisine, et les romains avaient aussi besoin d'argent pour la monnaie" explique Michel Legrand. Pour séparer les deux métaux, il fallait faire fondre à 1 200° le minerai, ce qui entraînait d'importantes émissions volatiles de plomb dans l'atmosphère. La température de fusion du plomb est d'environ 330°.

Les Romains extrayaient le minerai de plomb argentifère pour les canalisations et les pièces en argent
Les Romains extrayaient le minerai de plomb argentifère pour les canalisations et les pièces en argent © Maxppp / DR

Avec ces résultats, on a désormais une idée de la pollution à l'époque antique en Europe. Pour Michel Legrand, la présence dans le massif du Mont-Blanc est extrapolable à 2 000 kilomètres à la ronde. Pour lui, "cette pollution était extrêmement importante". Contrairement à celle causée par l'utilisation pendant plus de trois décennies (1950-1985) de l'essence au plomb pour remplir les réservoirs des voitures françaises, la pollution romaine est certes 5 à 10 fois moindre, mais elle s'étale sur une durée bien plus longue. 

Pour Michel Legrand, "les populations situées à proximité des sites d'extraction étaient très exposées". Cette étude s'est intéressée pour la première fois à l'antimoine, un autre minerai tout aussi toxique. Au point que les Romains, sans l'avoir encore identifié (il ne le sera qu'au Moyen Age) rinçait leur fond d'assiette avec et le buvaient afin d'obtenir un effet vomitif, après les orgies. L'antimoine est très présent dans les filons de minerai de plomb, ce qui explique sa présence simultanée dans les carottes de glace du col du Dôme.

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