D'ici 2019, un gigantesque projet d'extraction d'or pourrait être lancé en Guyane. Les habitants s'inquiètent des conséquences environnementales. À raison.

La mine d'or de Yaou à Maripasoula en Guyane française
La mine d'or de Yaou à Maripasoula en Guyane française © AFP / Jody Amiet

"Montagne d'Or". Le nom du projet de mine d'or dans l'ouest de la Guyane aurait pu faire rêver la population. Raté. La promesse de la création de 750 emplois aurait pu faire oublier la menace environnementale d'une telle exploitation. Encore raté. Les habitants savent que l'extraction de l'or représente un sérieux danger pour l'homme et l'environnement.

Des digues pour les eaux contaminées menacées par des pluies diluviennes

Montagne d'Or pourrait devenir la plus grande mine de France en pleine forêt tropicale guyanaise. La Commission nationale consultative des droits de l'homme vient d'alerter le gouvernement sur les risques environnementaux d'une telle exploitation minière. La présidente de la commission, Christine Lazerges, s'inquiète notamment des taux de cyanure : "L'extraction d'or suppose d'utiliser en particulier du cyanure qui est extrêmement dangereux même si des précautions sont prises. Il y a tant d'inconnues sur les désastres environnementaux."

Le projet porté par un consortium russo-canadien estime quand même avoir tout prévu en avançant que les eaux contaminées seront stockées dans des digues. Peu convainquant quand on sait qu'en Guyane, où le climat est tropical, il y a régulièrement des pluies diluviennes qui peuvent causer des ruptures de digues. Et sans remonter très loin dans l'histoire des mines d'or, on tombe sur plusieurs catastrophes environnementales :

  1. La catastrophe du Mont Polley au Canada. Les digues de cette mine d'or et de cuivre ont cédé le 4 août 2014. Du cuivre, du cyanure et plus de 130 tonnes de plomb pur ont été rejetés dans un lac.
  2. La catastrophe de 2000 de Baia Mare, en Roumanie. Une centaine de tonnes de cyanure déversés et les métaux lourds ont pollué la Tisza et le Danube et ont tué de grandes quantités de poissons en Hongrie et en Yougoslavie. Sans compter la contamination de l'eau potable de 2,5 millions de Hongrois. 
  3. La catastrophe du Rio Doce en 2015, au Brésil. La rupture d'un barrage de déchets miniers a libéré de la boue potentiellement contaminée. Celle-ci s'est déversée dans la vallée puis a pollué le fleuve Rio Doce sur plusieurs centaines de kilomètres avant d'atteindre l'océan Atlantique. 

La biodiversité menacée en Guyane

Le collectif Or de question qui s'oppose au projet Montagne d'or en Guyane rappelle dans sa pétition qu'"au moins 25 ruptures de digue ont eu lieu depuis 2000 dans le monde." Le collectif ajoute aussi quelques chiffres, des piqûres de rappel qui permettent de se représenter le "monstre industriel" qui pourrait voir le jour :

  • 190 km² de concessions
  • une fosse de 2,5 km de long, 500 m de large et 400 m de profondeur
  • l'usine de traitement de minerai par cyanuration exige l'énergie de 20% de la consommation annuelle de la Guyane 

"La mine est polluante pour l'homme, pour l'environnement donc pour le territoire. Ils vont piller pour leur profit personnel et non pour l'intérêt général de la Guyane", résume Nora Stephenson, la porte-parole du collectif citoyen Or de question. 

À ces inquiétudes se greffe la menace d'une vaste pollution au mercure. Les chercheurs d'or clandestins en utilisent pour amalgamer les poussières d'or. Un fléau que les forces de l'ordre françaises tentent régulièrement d'éradiquer puisque l'installation d'orpailleurs clandestins implique aussi son lot de logements de fortune, de prostitution et de criminalité. En 2016, entre 500 et 700 gendarmes et militaires étaient engagés sur le terrain pour lutter contre près de 6 000 orpailleurs, selon les estimations du préfet de Guyane, Martin Jaeger.

Un flanc de montagne brûlé par les gendarmes, juste à côté du village d'orpailleurs illégaux du site de Dorlin en Guyane
Un flanc de montagne brûlé par les gendarmes, juste à côté du village d'orpailleurs illégaux du site de Dorlin en Guyane © AFP / Gendarmerie nationale

Au-delà de la pétition à signer contre le projet Montagne d'or, tout repose entre les mains du gouvernement et les opposants espèrent qu'il tiendra compte dans sa décision finale du débat public organisé à partir de mars pour consulter la population guyanaise.

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