À Toulouse et à Droux, en Haute-Vienne, des sociétés qui développent Hyperloop se sont implantées pour mettre au point et tester, en conditions réelles, les capacités de cette technologie qui vise à transporter des passagers plus rapidement qu'un avion de ligne.

Le Canada, la Russie et Dubaï se montrent intéressés par le train Hyperloop. Ce sont des territoires propices au développement de cette technologie grâce à leurs grands espaces peu urbanisés.
Le Canada, la Russie et Dubaï se montrent intéressés par le train Hyperloop. Ce sont des territoires propices au développement de cette technologie grâce à leurs grands espaces peu urbanisés. © AFP / EYEPRESS NEWS / EYEPRESS

Imaginez-vous rallier Paris à Marseille en 45 minutes dans un tube circulant à 1 200 km/h, soit quatre fois plus vite qu'un TGV. C'est ce que promet de réaliser la technologie Hyperloop. Concrètement il s'agit d'un moyen de transport, pour les hommes et les marchandises, à très grande vitesse.

Ce programme de recherche a été lancé en 2013 par le milliardaire et PDG des sociétés Tesla et Space X, Elon Musk. Il s'appuie sur des capsules en lévitation dans des tubes à basse pression, propulsées à une vitesse pouvant frôler le mur du son. Le véhicule est maintenu en l'air grâce à un système de sustentation magnétique.

On veut un système où il n'y ait jamais d'accidents, qui soit au moins deux fois plus rapide qu'un avion, qui soit alimenté par l'énergie solaire. Qui parte dès que vous arrivez, sans attente ni horaires. – Elon Musk

Plusieurs sociétés se sont lancées dans ce pari fou et développent déjà cette technologie : Hyperloop One aux États-Unis, Hyperloop Transportation Techology, toujours aux États-Unis et Transpod au Canada.

Pour le moment, seule la firme américaine Hyperloop One a réellement testé cette technologie en conditions réelles. Elle a réussi à propulser une capsule à 387 km/h sur une piste d'essai de 500 mètres dans le désert du Nevada aux États-Unis.

La société Hyperloop Transportation Technology, quant à elle, a déjà un pied dans plusieurs pays : la Chine, l'Ukraine, la Slovaquie, la Corée du Sud, les États-Unis, l'Indonésie et les Émirats arabes unis. Elle a d'ailleurs annoncé l'ouverture de sa première ligne mondiale en octobre 2020, qui reliera l'aéroport international d'Al-Maktoum à Dubaï, à la zone d'Al-Ghadeer, à Abou Dhabi.

Transpod, la troisième de ces sociétés, née en 2015 à Toronto, apparaît comme un ovni à côté des milliardaires Elon Musk et Richard Branson qui possèdent Hyperloop One ou encore à côté de l'Américain Dirk Ahlborn à la tête de Hyperloop TT.

Transpod à Droux 

C'est d'ailleurs l'entreprise canadienne qui opère dans le département de Haute-Vienne. Elle a été démarchée par un groupe d'entrepreneurs et d'élus locaux pour venir s'installer dans le village de Droux, situé à 50 kilomètres de Limoges. Ces entrepreneurs et élus souhaitent faire éclore "un projet innovant et capable de braquer les projecteurs du monde entier sur [leur] région", explique Vincent Léonie, premier adjoint au maire de Limoges et président de l'association Hyperloop Limoges. 

La commune de Droux, qui ne compte pas plus de 400 habitants, s'apprête donc à accueillir la plus longue piste d'essai jusqu'alors construite pour ce projet : trois kilomètres sur pylônes. Elle devrait être située le long d'une ancienne voie ferrée sur un terrain mis à disposition par le Conseil départemental. Cependant pour le moment les travaux n'ont pas commencé car la société canadienne ne déposera que ce vendredi 10 août une demande de permis de construire auprès de la préfecture de Haute-Vienne.

"Cette piste doit permettre de tester en conditions réelles la technologie", explique Sébastien Gendron, cofondateur et PDG de Transpod. La start-up a même prévue d'y installer un centre de rechercher et développement qui accueillera une vingtaine de chercheurs et de techniciens. 

Je ne sais pas si l'Hyperloop sera le transport du futur. Ce que je sais, c'est qu'un centre de recherche d'une telle portée ne peut être que bénéfique pour le territoire !

s'enthousiasme Raphaël Le Méhauté, préfet de Haute-Vienne dans un article de Libération.fr. Même son de cloche du côté de l'université de Limoges qui va mettre à disposition une équipe de scientifiques sur l'affaire. Alain Célérier est le président de l'université : "Pour nous, peu importe que l'Hyperloop devienne ce que promettent ses promoteurs. Ce qui nous intéresse, c'est de contribuer à faire sauter les verrous technologiques qui se présentent."

Mais ce projet ne plaît pas à tout le monde. Les néoruraux, s'inquiètent de la pollution visuelle et sonore du train subsonique. Une étude environnementale devrait avoir lieu. 

Si le permis de construire et validé et qu'aucune restrictions environnementales ne viennent entraver le projet, les travaux devraient débuter cette année et leur coût s'élèverait à 21 millions d'euros, à ce jour financé à 100  % par des investisseurs privés.  

Hyperloop TT à Toulouse 

À 350 kilomètres au sud de Droux on tombe pile sur Toulouse qui, elle aussi, s'avère être le terrain de jeu d'Hyperloop. Cette fois-ci c'est la société Hyperloop Transportation Technology (Hyperloop TT) qui se charge du projet.

Toulouse, capitale française et européenne de l'aéronautique, a réceptionné en avril dernier, les premiers tronçons de tubes pour construire une première piste d'essai de 300 mètres. Et c'est au sud-ouest de la ville, sur l'ancien terrain militaire de Francazal, qu'Hyperloop TT a décidé de s'installer. 

Le choix de Toulouse s'est imposé pour l'Europe. Nos technologies ont énormément à voir avec l'aéronautique. Il y a ici un écosystème particulièrement en phase avec nos projets grâce à Airbus et deux pôles de compétitivité autour du transport aérien et spatial et des systèmes embarqués dans les véhicules. C'est la ville des transports de demain.

a déclaré "Bibop" Gabriele Gresta, le président-fondateur Italien d'Hyperloop TT, dans un article de Libération.fr.  

Tout comme la société canadienne, Hyperloop TT a décidé en 2017 d'implanter un centre de recherche et de développement au même endroit que la piste d'essai. Mais ce centre aura une vocation plus grande pour la société Hyperloop TT puisqu'elle souhaite en faire son centre européen de R&D. Bibop Gresta ajoute que cette technologie "est extrêmement compétitive comparée au TGV, et les États qui l'adopteront pourront rentabiliser leur investissement en une dizaine d'années. Ce n'est plus seulement un concept, c'est aujourd'hui une véritable industrie commerciale." 

Mais qu'il s'agisse de Transpod ou bien Hyperloop TT, les deux sociétés devront obtenir l'aval des pouvoirs publics afin d'exploiter de manière commercial cette nouvelle technologie pour transporter les passagers en un temps record.

Une technologie coûteuse mais écologique

Les sociétés affirment que les coûts seraient inférieurs de 30 % à ceux d'un TGV. Certaines évaluations émettent une fourchette allant de 50 à 60 millions d'euros au kilomètre. Une somme qui reste importante mais que les concepteurs relativisent car la technologie Hyperloop ne nécessite ni entretien, ni personnels et consomment peu, de quoi réduire drastiquement les coûts à long terme. Cette technologie offre également l'avantage de consommer peu d'énergie grâce à son système alimenté par des panneaux solaires posés sur les tubes. 

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.