Des primates se servent d'insectes pour se traiter contre des parasites. Mais l'ingestion de mille-pattes a également un effet psychotrope et il n'est pas rare qu'ils en abusent ! Les lémuriens seraient-ils junkies ?

Les lémuriens se servent de mille-pattes pour se débarrasser de leurs vers. Mais l'ingestion des insectes a un effet psychotrope
Les lémuriens se servent de mille-pattes pour se débarrasser de leurs vers. Mais l'ingestion des insectes a un effet psychotrope © Getty / Barcroft Media

Au cours d'une émission de la Terre au carré consacrée aux parasites et aux relations qu'ils entretiennent avec leurs hôtes, Mathieu Vidard et Camille Crosnier, et leurs invités Jean Lou Justine et Clément Lagrue, tous deux spécialistes des parasites sont revenus sur une étrange pratique des primates.  

Qu'est-ce qu'un parasite ?

Jean Lou Justine et Clément Lagrue ont d'abord défini, et réhabilité, le parasitisme.

Jean Lou Justine : "Un parasite est un être vivant qui tire profit d'un organisme hôte pour se nourrir, s'abriter ou se reproduire. La différence entre un parasite et un animal libre, c'est que le milieu de vie d'un parasite s'avère être cet animal hôte. Le milieu de vie d'un animal à vie libre est le milieu dans lequel il vit : un arbre, un sol, une forêt… Les parasites sont petits, parce que s'ils veulent se nourrir d'un autre, cela fonctionne mieux. D'où une plus grande difficulté pour les étudier comparé à un éléphant, par exemple. Ils sont indispensables au maintien des écosystèmes et à plein d'autres choses importantes dans la nature."

Clément Lagrue : "Contrairement à une idée reçue, dans la plupart des cas, l'hôte et le parasite sont en relatif équilibre. Les parasites ont des effets négatifs seulement dans une immense minorité des cas."

Les lémuriens font un usage particulier de leur vermifuge-insecticide

Même si les parasites peuvent avoir des effets bénéfiques, les lémuriens, eux, veulent se débarrasser de leurs vers intestinaux. Et si au passage, ils peuvent planer un peu, ils ne sont pas contre. 

Extrait du zapping sauvage de France TV de 2017 : "A Madagascar, les lémuriens ont un faible pour un venin psychotrope. Il est sécrété par une créature qui évolue au pied des arbres. Ce mille-pattes est toxique. Pourtant, les lémuriens en raffolent. Ils frappent le mille-pattes contre leur fourrure pour faire fuir les insectes porteurs de maladies comme les moustiques. Il semblerait que l'effet insecticide ne soit pas le seul attrait pour les lémuriens. Au contact des mille-pattes, les primates entrent en transe."

Clément Lagrue : "Ces mille-pattes sont très lents et ne se cachent pas. Pour se défendre, ils produisent des toxines assez puissantes et personne ne les mange. Les lémuriens ont trouvé une façon originale de les utiliser. Ils les mordent pour que les mille-pattes produisent ce liquide défensif. Et après ils les frottent contre leur fourrure. En le croquant, ils le mâchent un peu. Cela leur permet d'avaler un peu de  liquide ce qui a le même effet qu'un traitement antiparasitaire interne. Ils s'en servent pour se débarrasser de leurs vers intestinaux. 

Le petit extrait ne le mentionne pas, mais ils se frottent aussi beaucoup la région anale où les parasites ont tendance à sortir pour pondre leurs œufs. Les produits chimiques du mille-pattes ont quelques effets psychotropes aussi. Et de temps en temps, des lémurs ont tendance à un peu abuser. Ils sont peu junkies sur les bords."

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avec : 

  • Jean-Lou Justine, parasitologue  et professeur au Muséum National d’Histoire Naturelle, RC de la revue scientifique Parasite, revue officielle de la Société française de Parasitologie
  • Clément Lagrue, parasitologue et conseiller scientifique pour le Département de la Conservation en Nouvelle Zélande.  Il est l'auteur du livre Les parasites manipulateurs, sommes-nous sous influences ? Ed HumenScience Nature

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