Une équipe de chercheurs a mis en évidence, chez la souris, l’effet secondaire jusqu’alors inconnu d’une molécule anticancéreuse. La cyclophosphamide - c’est son nom, stimule le passage de bactéries intestinales dans la circulation sanguine, ce qui renforce indirectement son action. Ces résultats ouvrent de nouvelles perspectives de recherche pour les traitements même si les applications chez l’homme restent encore hypothétiques.

Par Antoine Bonvoisin pour La tête au carré.

Bactéries intestinales
Bactéries intestinales © / http://fr.wikipedia.org/wiki/Escherichia_coli

Des chercheurs de l’institut Gustave Roussy, de l’Inserm, de l’Institut Pasteur et de l’Inra ont montré chez la souris que l’action anticancéreuse de la cyclophosphamide est renforcée grâce à la flore intestinale. La molécule provoque le passage de bactéries dans le sang. Une fois dans les ganglions lymphatiques, les bactéries stimulent d’autres défenses immunitaires qui aident l’organisme à lutter contre la tumeur.

Chez la souris, on sait depuis 30 ans que la cyclophosphamide stimule l’immunité avec de faibles doses. Mais « C’est la première fois que cet effet est relié au passage de bactéries intestinales dans le sang » , précise Laurence Zitvogel, directrice de recherche à l’Inserm et membre de l’équipe qui a mené l’étude. « En général, lorsque des bactéries passent dans la circulation sanguine, on ne sait pas ce qui passe. Cela peut avoir un effet positif ou négatif » .

L’étude pourrait selon elle ouvrir la voie à de nouveaux traitements chez l’homme : « il serait possible de faire prendre des probiotiques aux patients pour accroître la flore bactérienne, apporter les bonnes bactéries en plus grand nombre et renforcer encore plus l’action de la cyclophosphamide » .

Les systèmes immunitaires des souris et de l’homme sont très différents, chacun ayant ses spécificités

Pour le moment, la transposition du principe chez l’humain n’a pourtant rien d’évident. Fabien Calvo, directeur de la recherche de l’Institut national contre le cancer, rappelle que « Les systèmes immunitaires des souris et de l’homme sont très différents, chacun ayant ses spécificités » . Il admet que « c’est une explication intéressante sur l’action de la cyclophosphamide chez la souris » .

L’action immunostimulante de la cyclophosphamide n’est pas démontrée chez l’homme . Certaines études mettent ce résultat en évidence mais il reste à confirmer.

Laurence Zitvogel précise par ailleurs que les scientifiques n’ont pas d’idées sur l’impact qu’aurait un tel traitement, et dans quelle mesure la méthode permettrait d’améliorer les soins. Fabien Calvo ajoute, « depuis que de nouveaux médicaments sont disponibles pour restaurer l’immunité anticancéreuse, il faudrait tester chez l’homme l’effet amplificateur de la cyclophosphamide à faible dose » .

La chimiothérapie est habituellement toxique sur toutes les cellules qui se divisent rapidement , comme celles du système digestif. Le traitement abime les muqueuses, provoque une destruction des cellules, et on sait depuis longtemps qu’il y a un risque de passage de bactéries dans le sang.

Si les résultats étaient vérifiés pour l’homme, cela renforcerait une idée avancée par certaines études. Les traitements antibiotiques, qui peuvent endommager la flore bactérienne, seraient parfois néfastes. Laurence Zitvogel affirme que « l’antibiothérapie devrait être adaptée et prise avec précaution » .

Il faut pourtant veiller aux relations entre prolifération bactérienne et cancers , puisque certaines associations sont prouvées chez la souris comme chez l’homme. L’occasion de rappeler que la transposition de résultats du modèle animal vers l’humain reste toujours un obstacle, qui peut se confirmer seulement au bout d’un certain nombre d’années.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.