Des cétacés, on connait le chant des baleines, et les clics des dauphins… Mais ces moyens de communications entre individus d’une même espèce ont-ils des variantes ? Est-ce que les cétacés, comme les humains, ont des dialectes, différentes langues ?

Baleines à bosse à Vava u, Tonga
Baleines à bosse à Vava u, Tonga © Getty / Auscape/Universal Images Group

Le bio-acousticien Olivier Adam et l’océanographe François Sarano étaient les invités de Daniel Fiévet dans l’émission Du vent dans les synapses à l’occasion de la nouvelle exposition à l’Aquarium tropical du Palais de la Porte Dorée : Baleinopolis, les sociétés secrètes des cétacés

Des sons pour quoi faire ? 

Retour sur le langage des géants des mers qui n’ont pas encore livré tous leurs secrets. Baleines à bosses, orques, dauphins et cachalots… En tout, ce sont 89 espèces de cétacés que l’on connaît de mieux en mieux. Comme tous les mammifères, les sons qu’ils émettent leur servent à structurer le groupe, à interagir entre eux et à satisfaire leurs activités vitales : chasser, se reproduire…

Les orques de Saint-Pierre-et-Miquelon, par exemple, ont des stratégies de chasse où ils se mettent en mode "silence" pour être le plus discrets possible avant de d’émettre à nouveau des sons pour coordonner la chasse. 

Les dauphins utilisent des sons pour l’écholocalisation. Ils émettent des" clics" pour savoir ce qu’il y a devant eux et obtiennent des informations avec l’écho et la réverbération. 

On a repéré chez les baleines à bosse de nombreux chants dans les zones de reproduction. Plus surprenant on s'est aperçu que les mâles venaient chanter aussi. Les biologistes pensaient que c’était pour attirer les femelles, en tous les cas, pour les impressionner. Mais on n’est plus certain de cette hypothèse : quand on fait du play-back avec les sons enregistrés des mâles, les femelles s’en vont. On penche maintenant vers une nouvelle hypothèse : les chants des mâles seraient une délimitation de territoire. Il s’agirait de signaler aux mâles aux alentours qu’un autre mâle est présent. Le chant serait une autre façon d'être visible. 

Des différences dans les chants dans le temps… et dans l’espace

On connaît le chant des baleines depuis 1971 grâce à une publication dans Sciences de chercheurs américains. Depuis, on s’est aperçus que les vocalises n’étaient pas infinies et qu’elles étaient très organisées dans le temps. Des scientifiques ont extrait des vocalises des sons « a a a », « bb », « aa », « bc » etc… Ces "phrases" composent le leitmotiv du chant. 

On sait maintenant que les baleines vont garder d’une année à l’autre ces leitmotivs cohérents les uns avec les autres. Puis elles vont ajouter des vocalises ou en enlever quelques-unes. On estime à une quinzaine d’années le renouvellement du leitmotiv complet d’un chant. On appelle ça "l’évolution culturelle". 

Comme elles ne se voient pas, leurs langues vont évoluer différemment dans l’espace : elles ont des "dialectes". Les baleines des Antilles n’entendent pas les baleines de Madagascar, donc elles ne vont pas avoir les mêmes leitmotivs, les mêmes vocalises. 

Ecoutez la différence : 

25 sec

Extrait de Du vent dans les synapses sur les cétacés

Par France Inter

C’est la même chose chez les cachalots. François Sarano l’affirme : les différences de vocalises s’observent même au niveau du clan ! Comme chez les orques : on peut les identifier rien qu’avec leur propres sons avant même de les voir en surface. 

La culture des cétacés

François Sarano pense qu'on peut parler de "culture" puisque la langue particulière au groupe est transmise. Le baleineau apprend les vocalises de son clan d’abord au contact avec sa mère, puis par imprégnation auprès du clan.

Cette transmission culturelle s'observe aussi avec les techniques de chasse très complexes. Chez certains orques, il faut des années pour apprendre à chasser les otaries sur la plage. Il faut d’abord que les mères apprennent à s’échouer sur le rivage à leurs petits, puis à s’échouer et se déséchouer, à rester silencieux, à écouter le bruit des cailloux des petites otaries au bord du rivage, les repérer sans les voir sans écholocalisation, et ensuite à les capturer…

Aller plus loin

🎧 ECOUTER | Du vent dans les synapses sur les cétacés

► VIDEO | "Mon ami le cachalot" sur Envoyé Spécial, où l'on peut voir François Sarano nager avec des cachalots

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