Depuis lundi, des scientifiques français prélèvent des carottes de glace dans le massif du Mont-Blanc pour sauvegarder la mémoire glaciaire.

Les carottes de glace sont des indicateurs du changement climatique.
Les carottes de glace sont des indicateurs du changement climatique. © Maxppp / ANT Photo Library

La mémoire glacée de la planète "est mise en danger par le réchauffement climatique", affirme sur France Inter Jérôme Chappellaz, glaciologue et directeur de recherche au Laboratoire de glaciologie et de géophysique de l'environnement.

Pour préserver cette mémoire, des scientifiques français ont donc commencé lundi à forer des carottes de glace dans le col du Dôme, dans le massif du Mont-Blanc. Cette collecte devrait durer trois semaines. Le but, à terme, est de constituer une banque mondiale d'échantillons de glace. Impossible de carotter tous les glaciers du monde : "on vise des glaciers qui ont une représentativité régionale", explique Jérôme Chappellaz. Trois carottes seront extraites des glaciers : l'une servira à des analyses de référence et les deux autres seront transportées en Antarctique à la base franco-italienne Concordia, "qui est en fait le meilleur congélateur au monde", selon Jérôme Chappellaz.

Remonter dans le temps

Les carottes de glace ressemblent à de gros cylindres d'un mètre de long par tronçon. Ce sont des échantillons, prélevés dans les calottes glaciaires, qui servent de témoins des variations climatiques. La découverte de cette technique exploratoire a été faite par le chercheur français Claude Lorius pendant une expédition en Antarctique, dans les années soixante. Il réalise, en plongeant un glaçon dans son verre de whisky, que les bulles qui s'en libèrent sont en fait celles de l'air emprisonné du passé. Elles peuvent donc donner des indications sur la composition de l'air, à l'époque où la glace s'est formée.

Comme des couches de neige se sont successivement déposées sur la planète, c'est simple : plus on fore en profondeur, plus on remonte dans le temps. Ainsi, étudier une carotte de glace - précisément les traces de dioxyde de carbone et de méthane dans la glace -  permet de comparer, sur des dizaines de milliers d'années,  la composition de l'air et de la température.

L'étude des carottes de glace a permis à Claude Lorius, âgé de 84 ans aujourd'hui, de valider son hypothèse sur la corrélation entre la hausse des courbes de températures et l'emprisonnement des gaz à effet de serre. Il y a cinquante ans, cette découverte confirmait donc que l'activité humaine était bien à l'origine du réchauffement climatique.