Numériser l'importante correspondance du peintre romantique et y associer ses décors peints, qui l'ont occupé les 25 dernières années de sa vie, est un projet mené par Sorbonne Université.

Le plafond de la bibliothèque du Palais Bourbon peint par Eugène Delacroix
Le plafond de la bibliothèque du Palais Bourbon peint par Eugène Delacroix © Radio France / Sophie Becherel

Lumières douces, ambiance feutrée... Peu de visiteurs accèdent à la bibliothèque de l'Assemblée Nationale. Hormis lors des journées du Patrimoine, sa magnifique architecture et ses plafonds peints par Eugène Delacroix restent inaccessibles au grand public.

Pourtant, l'ensemble fait partie des grands décors commandés par l'État au peintre romantique. En 1833, le ministre des Travaux publics Adolphe Thiers confie à Delacroix la peinture du salon du roi (où se trouvait le trône de Louis-Philippe) au Palais Bourbon. Puis c'est le plafond de la Bibliothèque, un ensemble de deux hémicycles (dit culs-de-four) et de cinq coupoles. Le peintre choisit de consacrer les deux hémicycles au début et à la fin de la civilisation antique. Sur les coupoles, en adéquation avec le lieu, il dédie les peintures au savoir : la poésie, la théologie, la législation, l'histoire et la philosophie et la science.   

Le numérique et ses possibilités infinies

L'idée de numériser ces décors peints (marouflés pour certains, peints à la cire pour d'autres) est venue à Barthélémy Jobert, spécialiste du peintre à Sorbonne Université qui a entamé il y a 10 ans le projet Delacroix Numérique. 

"Au départ, il s'agissait de numériser l'importante correspondance du peintre du XIXe" explique cet historien de l'art. Son passage à la tête de Paris-Sorbonne l'a contraint de laisser en dormance le projet pendant quelques années avant d'y revenir. "Entre-temps, les techniques numériques avaient tellement progressé que de nouvelles possibilités nous sont apparues" explique t-il. La numérisation des écrits s'est enrichie de nombreux commentaires du texte et à présent, la plateforme Plemo 3D de Sorbonne Université apporte son expertise.

Ce jour-là, les ingénieurs, dont Gregory Chaumet, posent en 20 endroits différents leur scanner laser mobile afin de réaliser un nuage de points. Il permettra d'obtenir une reproduction ultra fidèle, en trois dimensions, de l'architecture complexe du plafond de la bibliothèque. Sur ce fond, seront ensuite projetées les images prises en photogrammétrie afin d'avoir une reproduction numérique parfaite. 

Mettre les connaissances à disposition du public

Cet ambitieux projet bénéficie également de l'expertise de la start-up Edifixio, spécialiste de la donnée. Au final, entre la recherche par mots clés, la comparaison entre les six décors peints numérisés (le salon du Roi, la bibliothèque du Sénat, deux édifices religieux et la bibliothèque du palais Bourbon) et la possibilité d'étudier les couches de peinture successives (une éventualité envisagée par le LAMS au sein de l'Institut des Matériaux de Paris Centre), c'est toute la richesse du travail d'Eugène Delacroix qui pourrait apparaître au grand public.

Car tel est bien l'objectif poursuivi par Barthélémy Jobert : permettre au plus grand nombre d'apprécier les connaissances réunies mais parfois inaccessibles. Son projet de plateforme numérique, d'un coût estimé à 800 000 euros, pourrait démarrer dès fin 2020 avec l'édition numérique de la correspondance de Delacroix que viendra progressivement compléter la partie picturale.

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