Le pays veut envoyer une mission interplanétaire vers la planète rouge. S'ils réussissent, les Émiratis (qui avaient déjà envoyé dans l'ISS un astronaute) seront la première nation arabe à parvenir sur Mars. Une destination difficile, mais stratégique pour les Émirats Arabes Unis.

Illustration d’un astronaute émirati au centre spatial Mohammed Bin Rashid, le 25 septembre 2019
Illustration d’un astronaute émirati au centre spatial Mohammed Bin Rashid, le 25 septembre 2019 © AFP / KARIM SAHIB

Créée de toutes pièces, à partir de rien, mais en procédant avec méthode, le programme spatial des Émirats vise à acquérir la compétence technologique et à préparer le pays à l'après-pétrole. La sonde appelée "Al-Amal", ou "Hope" en anglais ("Espoir", en français), doit être lancée depuis le centre spatial japonais de Tanegashima mercredi et atteindre son orbite en février prochain. Objectif : fournir une image complète de la dynamique météorologique de l'atmosphère de Mars et ouvrir la voie à des percées scientifiques. 

Seuls les Etats-Unis, l'Inde, l'ex-Union soviétique et l'Agence spatiale européenne ont placé avec succès des sondes autour de la planète rouge, tandis que la Chine se prépare à en y envoyer une ainsi qu'un robot.

C’est une mission "extrêmement ambitieuse", assure Francis Rocard, spécialiste de missions planétaires au CNES, "parce que Mars est extrêmement loin". "Il faut apprendre toutes les technologies liées à cet espace lointain : la navigation interplanétaire, ou le processus d’insertion en orbite… Même les Américains, les Soviétiques, faisaient simplement des survols, ils ne s’inséraient pas en orbite ! Là, avec Hope, il va falloir que [les Émiratis] franchissent beaucoup d’étapes : c’est avant tout une mission technologique, pour apprendre à développer ce type de sondes."

"Ils ne commencent pas par la Lune, mais par Mars"

Pour François Forget, l'un des scientifiques impliqué dans la mission, il y a bien un enjeu géopolitique dans cette mission. "Ils ont cette volonté de faire quelque chose par eux-mêmes", assure-t-il. "C’est extrêmement ambitieux : ils ne commencent pas par la Lune, ils commencent par Mars ! Une mission très difficile… Et plutôt que de s’associer à une industrie spatiale expérimentée, voire avec des agences spatiales, ils se sont associés avec des universités. Ils ont beaucoup réfléchi et ils ont trouvé un moyen à la fois pas trop difficile, mais très intéressant scientifiquement, pour résoudre quelques énigmes scientifiques qui restent dans notre enquête sur Mars."

L’équipe scientifique de la mission compte par ailleurs 90 % de femmes. "Contrairement à ce qui se passe chez nous, beaucoup de femmes émiraties ont souhaité étudier les sciences, l’ingénierie, plutôt que le business. Au final, la très grande majorité des diplômées en sciences, en maths, en ingénierie dans le pays sont des femmes."

Étudier la météorologie martienne comme jamais auparavant

D'un point de vue scientifique, la mission Hope va s’intéresser à l'atmosphère de Mars et pourrait fournir des données inédites. Car dans sa jeunesse, Mars était très différente. Lacs, rivière... L'eau liquide était présente comme sur Terre. Mais elle a ensuite disparu, notamment parce que l'atmosphère s'est échappée pour devenir très ténue. Hope va aider à comprendre ce phénomène d'échappement, en regardant à la fois à basse et à haute altitude. Et l’orbite choisie, entre 20 000 et 40 000 km de la planète, ne l’a pas été par hasard.

"Son orbite est à relativement haute altitude, mais elle est marso-stationnaire au moment où elle sera au plus près de Mars", explique Francis Rocard. "Ça veut dire qu’elle va observer la même zone de Mars pendant une dizaine d’heures. Et ça, c’est extrêmement intéressant pour étudier tous les phénomènes météorologiques variables : on pourra voir défiler des nuages, la sublimation du sol, et ça va nous donner des informations intéressantes sur la météorologie de Mars."

La météo, c'est la spécialité de François Forget : "Non seulement on observe Mars dans son ensemble, mais on se débrouille pour regarder Mars à différentes heures locales : le matin, l’après-midi, à chaque endroit", explique-t-il. "Et chaque semaine, on aura pour la première fois des mesures météo partout, à chaque heure de la journée, et on verra ça avec l’évolution saisonnière. Donc on va vraiment résoudre des énigmes, parce que nous, on a toujours une vue un peu limitée. Typiquement, on regarde l’après-midi et au cours de la nuit, et il nous manque des informations sur ce qui se passe le matin, et comment ça évolue."

Ces premières observations ne sont pas attendues avant début 2021, date d'arrivée de la sonde à destination.

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